Comment expliquer les récents affrontements au Tchad ?
19 janvier 2026
C’est pour éviter des violences comme celles qui secouent le sud du Tchad qu’un accord de paix a été signé il y a quatre ans à Doha au Qatar entre le pouvoir et des groupes armés. Seulement, le Mouvement pour la paix, la réconciliation et le développement (MPRD) n’était pas signataire. Pour certains observateurs, les événements actuels illustrent un échec du gouvernement tchadien et de ses partenaires internationaux à ramener les groupes armés non-signataires de l'accord de Doha dans le processus de paix.
Un "groupe de bandits"
Côté officiel, le ton est martial. L'état-major de l'armée tchadienne parle d’une opération visant à neutraliser un groupe de bandits armés qui terrorise la population locale dans la province du Moyen-Chari, non loin de la frontière avec la République centrafricaine. Faisant le point de la situation sur le plateau de la télévision nationale, après un premier accrochage, le 13 janvier, entre les troupes gouvernementales et le MPRD, le porte-parole de l'état-major général, le général Chanane Issakha Acheick rassure.
"Les forces de défense et de sécurité ont mis en déroute ces groupuscules de bandits en laissant derrière eux plusieurs morts et des blessés. Par contre, au cours de cet accrochage, nous déplorons trois morts et dix blessés parmi les forces de défense et de sécurité. Le Chef d’état-major des armées rassure la population que la situation est sous contrôle et le ratissage continue."
Le porte-parole du gouvernement, Gassim Cherif parle lui aussi de "hors-la-loi" et de "bandits". Une version que Luc Bebah Beyam, Secrétaire général du MPRD, rejette.
"J'aimerais demander aux autorités tchadiennes, est-ce que c'est avec les coupeurs de routes (bandits braqueurs) qu'ils ont négocié à Doha au Qatar pendant pratiquement six mois, puis encore à Rome ? Parce que la dernière rencontre avec une délégation des autorités tchadiennes à Rome venues pour discuter avec le bureau du MPRD c'était en juin 2025. Est-ce à dire qu'ils négocient avec des coupeurs de route ?"
Un ancien allié d’Idriss Déby
Le Mouvement pour la paix, la réconciliation et le développement existe depuis une vingtaine d’années et son leader Djibrine Dassert était un allié de Idriss Déby, père de l’actuel président. Le groupe profite de la porosité des frontières et de la prolifération des armes dans une région frontalière instable. Les discussions entre le gouvernement tchadien et le MPRD visent notamment le désarmement et la réintégration des combattants rebelles.
Ces discussions, sous l’égide de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC) et de l'Eglise catholique à travers la communauté Saint-Egidio sont dans l’impasse, constate l'universitaire et analyste politique, le Docteur Yamingué Betinbaye.
"Donc c'est l'échec des efforts des autorités tchadiennes mais aussi des autres acteurs internationaux à rapprocher le gouvernement Tchadien des groupes qui n'avaient pas accepté de parapher les accords de Doha", dit-il sur la DW.
"Il est important pour les autorités tchadiennes et pour les acteurs internationaux de ne pas minimiser la présence des rébellions actives au Tchad. Ça serait une grosse erreur de considérer que la paix peut être faite par la force."
Outre le MPRD, d'autres groupes rebelles non-signataires de l'accord de paix de Doha, tels que le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République (CCSMR) et le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), basés dans le sud de la Libye et dans le nord du Niger constituent une menace pour la stabilité du Tchad.