Israéliens et Palestiniens : l'impossible entente ?
7 octobre 2025
Sondage après sondage mais toujours le même résultat : la plupart des Israéliens et des Palestiniens ont perdu confiance les uns envers les autres. Ils ont aussi perdu l'espoir que le conflit puisse un jour être réglé de manière pacifique.
D’après un sondage publié en août par l'Université hébraïque de Jérusalem : 62 % des Israéliens interrogés étaient d'accord avec l'affirmation selon laquelle "il n'y a pas d'innocents à Gaza". Si l'on ne considère que les Juifs israéliens, ce chiffre atteint même 76 %. Corey Gil-Shuster dirige le programme de master en résolution de conflits et médiation à l’université de Tel Aviv. Il est préoccupé par le manque d’empathie en Israël.
Selon lui "les gens ne peuvent même pas éprouver de l'empathie pour les enfants, les personnes âgées ou les malades, car il est évident que dans toute société, il y a des patients atteints de cancer, des personnes âgées qui ne peuvent plus se déplacer, des enfants qui sont traumatisés par la guerre."
Le chercheur fait un constat : "Nous avons perdu notre empathie pour cela. Je ne pense même pas à ce que le monde pense. Je veux dire, c'est un tout autre problème. Je me demande plutôt : qu'en est-il de nous ?"
Divisions et éloignement des peuples
L’attaque du 7 octobre a de nouveau accentué les divisons et l’éloignement de deux peuples pourtant condamnés à vivre ensemble : plus de 1.200 morts côté israélien, avec des otages encore détenus par le Hamas et plus de 66.000 morts côté palestinien et une bande de Gaza en ruine.
Directeur du Centre palestinien pour la recherche politique et sociale (PCPSR) à Ramallah en Cisjordanie, le politologue Khalil Shikaki constate également que les relations entre les peuples israéliens et palestiniens ont atteint un niveau historiquement bas. Il évoque même "une déshumanisation presque totale" et deux sociétés qui "ont atteint un point où elles ne sont plus disposées à reconnaître l'humanité de l'autre partie". Khalil Shikaki pense que "la confiance entre les deux communautés ne viendra qu'après la paix, et qu'elle n'est pas une condition préalable à la paix".
"Si nous attendons que les Palestiniens et les Israéliens se fassent confiance pour progresser vers la paix, cela n'arrivera jamais", prédit le politologue sur la DW.
Un sondage réalisé en avril-mai dernier pour l’université de Tel Aviv a révélé que seulement 21% des Juifs israéliens étaient en faveur d’une solution à deux Etats.
Scepticisme des Palestiniens
Khalil Shikaki réalise régulièrement des sondages d'opinion dans les territoires palestiniens et participe régulièrement à des enquêtes conjointes avec des Israéliens.Son dernier sondage, réalisé en mai 2025, a notamment révélé un grand scepticisme de la part des Palestiniens : dans la bande de Gaza, 69 % des personnes interrogées ne croyaient pas qu'Israël se retirerait de l'enclave si le mouvement islamiste Hamas rendait les armes, et ce chiffre atteignait même 88 % en Cisjordanie.
Selon le chercheur en conflits Corey Gil-Shuster, beaucoup de gens se sont déjà résignés au conflit et se sont adaptés à la situation. Mais une communication politique appropriée pourrait peut-être changer cet état de fait. Il pense à une campagne de marketing par exemple.
La bonne nouvelle aussi, d’après Gary Mason de l’organisation de gestion de conflits Rethinking Conflict sur la DW, c’est que mis à part les extrémistes, Israéliens et Palestiniens souhaitent trouver une solution au conflit.
Sujet réalisé avec Rozanes Shani