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Crimes coloniaux : des Nigériens souhaitent être indemnisés

19 janvier 2026

Cette demande fait suite à des crimes commis durant la période coloniale. Mais cette demande a-t-elle une chance d’aboutir sur le plan du droit international ?

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Exécution de Nicodème, chef des Hottentots Khauas, le 12 juin 1896, par un peloton d'exécution des troupes coloniales allemandes
Selon des experts, l’indemnisation restaurerait la fierté des Nigériens Image : akg-images/picture alliance

Plus de 65 ans après la fin de la colonisation au Niger, le souvenir des atrocités commises par l'Etat français, lors de la conquête militaire de la région du Sahel, continue de hanter la mémoire collective de plusieurs communautés victimes de ces crimes.  

Il n’existe pas encore de demande officielle de réparation, ou de dédommagement, mais des communautés, victimes des crimes commis par l’armée coloniale française, commencent à y songer.   

Sayyabou Sallaou est le descendant d’une des familles victimes du massacre de plus de 200 personnes commis, en juillet 1899, par la mission Voulet-Chanoine.   

Les tristement célèbres capitaines Voulet et Chanoine, qui dirigeaient la colonne meurtrière, ont d’ailleurs été tués par leurs propres soldats dans son village, Maijirgui, situé dans le département de Tessaoua.  

"La population de Maijirgui attend un dédommagement de la part de la France. Et cela ne peut se faire qu’avec l’intervention de nos plus hautes autorités qui sont en train de garantir la souveraineté de notre pays." 

Sayyabou Sallaou poursuit : "Nous souhaitons vraiment que le général Tiani (le chef des militaires au pouvoir, ndlr) inscrive le village de Maijirgui sur la liste des villages qui ont subi des dommages et qui attendent quelque chose de la part de la France." 

Réhabilitation de la dignité des Nigériens

Pour l’historien nigérien, le professeur Malam Issa Mahaman, la demande de réparations pour les crimes coloniaux est aujourd’hui nécessaire à la réhabilitation de la dignité des Nigériens.  

Ecoutez le sujet de Gazali Abdou, l’un de nos correspondants à Niamey

"Je pense qu’il faut poser le problème de réparation parce que c’est reconnaître, au niveau des Français, qu’ils ont commis des crimes. Et que si on commet des crimes, ça se paie. La reconnaissance de leurs torts historiques réhabilite l’homme africain, l’homme nigérien. Ça restaure notre fierté." 

Selon le professeur Malam Issa Mahaman "la réparation passe par l’indemnisation. Certes, ceux qui ont été tués, on ne peut pas les réanimer. Mais quand vous tuez quelqu’un, il y a plusieurs façons de rembourser"

La dégradation des relations entre la France et le Niger risque cependant de rendre difficile le dédommagement revendiqué par les victimes nigériennes. Mais pour le juriste Ibrahim Namaiwa, cette demande pourrait être recevable. 

"Du point de vue du droit, les crimes commis par la France, dans le cadre de la colonisation, sont des crimes qui sont imprescriptibles. Cette question est bel et bien une question qu’on peut juger. Je rappelle que des communautés nigériennes victimes ont déjà saisi l’Onu sur cette question. Et les Nations unies ont déjà désigné un rapporteur général. Lequel a déjà fait son travail et a essayé de saisir les parties, notamment la France, pour demander réparation." 

Pour l'instant, la France se montre réticente aux revendications des victimes nigériennes, mais le contexte actuel, avec notamment les procédures engagées au Sénégal par les familles des anciens tirailleurs, pourrait aider à faire avancer les revendications du Niger.