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Des djihadistes forcent des Maliens à payer la zakat

Mahamadou Kane
23 mars 2026

Des dizaines de localités de la région de Kayes sont soumises au paiement de l'aumône obligatoire. La situation inquiète et les appels à l’aide se multiplient.

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Cette photo aérienne prise le 27 août 2019 montre les barricades érigées par des manifestants pour protester contre le mauvais état de la route reliant Bamako, la capitale du Mali, à la ville de Kayes, dans l'ouest du pays
De fortes sommes d’argent sont prélevées auprès des villageois contraints de s’exécuter en l’absence des services de l’Etat Image : Getty Images/AFP/M. Cattani

Entre septembre 2025 et janvier 2026, les groupes djihadistes ont collecté, pour la zakat, l'aumône obligatoire, plusieurs dizaines de millions de Fcfa, rien qu’auprès des habitants des 22 villages de la commune rurale de Diallan dans le nouveau cercle de Oussoubidiagna située dans la région de Kayes, dans le sud-ouest du Mali.  

Ces habitants vivent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. 

Cet habitant de Diallan qui témoigne sous le couvert de l’anonymat pour des raisons de sécurité, raconte ainsi qu’"ils nous ont prélevé plus de 30 millions de Fcfa entre la période d’hivernage et le début de l’année. Ce sont les détenteurs des troupeaux de vaches, en d’autres termes, les éleveurs qui ont consenti ce sacrifice"

"Les djihadistes guettent ainsi les troupeaux et lorsqu’ils dénombrent 30 vaches dans un troupeau, le propriétaire a l’obligation de donner une vache en guise de zakat. La valeur marchande des animaux cédés varie entre 500.000 et 1 million de FCFA."  

Les explications à Bamako de notre correspondant Mahamadou Kane

Soutien de complices locaux 

En plus de Diallan, la zone abrite principalement des villages Soninkés, comme Fatao, Modikanou, Lambidou, Dieoura ou encore Sefeto, tous situés dans l'Etat des Kaartas entre les régions de Nioro du Sahel et de Kita.  

La plupart des natifs de ces localités résident en Europe et en France notamment. Ce sont ces derniers qui aident parfois leurs parents restés au village à s’acquitter de la somme réclamée par les groupes djihadistes.

Pour cet autre habitant de la zone, les djihadistes s’appuient sur ce qu’il appelle des « complices locaux » pour soutirer de l’argent aux villageois :  

"Lorsqu’ils viennent au village, je crois qu’ils ont des complices un peu partout. Ils viennent donc avec les noms des gens qui ont les troupeaux et déclarent qu’ils sont venus pour la zakat. Quand ils commencent à compter, c’est eux qui choisissent le taureau et fixent la somme que vous devrez donner en échange. Si tu n’as pas l’argent sur place, tu leur donnes un délai. Ils partent, puis reviennent avec leurs complices avec une corde. Ils prennent le taureau, ils nous le vendent ensuite."  

Dans les zones sous emprise djihadiste au Mali, les groupes armés se substituent à l’Etat en terrorisant les populations à travers donc l’imposition de la loi islamique, la charia, qui passe par le paiement de l’aumône obligatoire, la zakat. Une somme qui leur permet de financer leurs activités.