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SociétéAmérique du Nord

Les insultes de Donald Trump, une stratégie calculée

5 décembre 2025

Cette semaine encore, Donald Trump a insulté des ressortissants somaliens. Ce n'est pas un simple dérapage : son langage est une arme rhétorique.

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USA Donald Trump à Anaheim, en Californie (archive de 2023)
Donald Trump est parvenu à modifier le discours politique, aux Etats-Unis et ailleursImage : Jae C. Hong/AP Photo/picture alliance

Derrière les insultes qu'emploie Donald Trump, président des Etats-Unis, il y a une stratégie politique.

Un vocabulaire simpliste mais efficace

Donald Trump utilise des mots courts, simples, souvent insultants comme "stupid, loser...". Son ton ordonne ou questionne, il humilie et polarise. Ce vocabulaire pauvre est facile à comprendre, facile à retenir. 

Photo du profil du compte Twitter de Donald Trump (archive de 2022)
Donald Trump utilise les réseaux sociaux pour propager son discoursImage : Christoph Hardt/Panama Pictures/picture alliance

Les mots courts ont un effet immédiat.

 

Une technique de marketing politique

Le discours de Donald Trump est calibré comme un slogan publicitaire : la forme prime sur la nuance et la vérité. Il joue sur des émotions primaires : peur, colère, excitation. Il utilise la répétition, la brutalité, des adjectifs simples comme good ou bad (bon ou mauvais), et des superlatifs : best, worst (meilleur, pire). La forme l'emporte sur le fond.

 

Une rupture avec les codes

Sa grossièreté donne l'illusion d'une politique différente. Il se présente en victime et promet vengeance à des classes populaires blanches qui se sentent délaissées par les élites. Il prononce par exemple cette phrase durant la campagne électorale : "Je serai votre guerrier, votre vengeance…"

Donald Trump vante les potentialités de l’Afrique

 

L'art de la diversion et de la provocation

Donald Trump recourt aux attaques ad hominem, celles adressées contre des personnes. Il manie un humour vulgaire : "Crooked Hillary" (Hillary la corrompue), "Sleepy Joe" (Joe l'endormi) etc.

Exemple : à une journaliste de Bloomberg qui lui pose une question sur Jeffrey Epstein. Donald Trump lance : "Quiet, piggy!" (en français : "Tais-toi, la truie!"). Cette insulte sexiste détourne l'attention de la question gênante pour le président. Ces insultes deviennent virales et saturent l'espace médiatique.

L'insulte est là pour créer le buzz, la diversion et susciter soit l'adhésion soit la polarisation.

USA Washington 2025 | Une Républicaine applaudissant à un discours de Donald Trump devant le Congrès, vue de dos avec une casquette "Trump" et un drapeau des Etats-Unis dans la main (illustration)
La pauvreté du vocabulaire de Donald Trump suscite l'adhésion de certainsImage : Kevin Lamarque/REUTERS

 

Populisme identitaire d'extrême-droite

Le langage de Donald Trump n'est pas improvisé. Il sert un populisme identitaire : pour opposer le peuple aux élites, désigner des boucs émissaires, comme les personnes immigrées. Une stratégie qui choque, mais qui mobilise sa base électorale et déteint parfois sur le langage de ses adversaires politiques. Le chercheur Robert A. Pape a mis en évidence que la banalisation de la violence verbale tend à rendre légitime le recours à la violence physique en politique.

 

Résistance linguistique

Une fois les mécanismes de la rhétorique trumpienne identifiés, certains linguistes prônent des stratégies de résistance. En voici les principaux points :

  • Réintroduire la complexité : répondre par des faits nuancés, éviter les simplifications.
  • Humaniser les groupes ciblés : utiliser des récits individuels, prénoms, histoires personnelles, parler de "personnes migrantes"...
  • Reformuler sans reprendre les termes haineux : éviter de répéter ses mots-clés (ex. ne pas dire "invasion" mais "arrivée de personnes").
  • Créer des contre-narratifs positifs : insister sur la contribution des minorités, la solidarité.
  • Utiliser l’humour ou la satire (avec prudence) : pour désamorcer la charge émotionnelle.