En Ouganda, Bobi Wine défie une fois encore Yoweri Museveni
13 janvier 2026
À 81 ans – un âge contesté par ses opposants – Yoweri Museveni vise un nouveau mandat en Ouganda, où Internet a été coupé ce mardi (13.01), deux jours avant les élections présidentielle et législatives.
Après quatre décennies à la tête du pays, il demeure l'un des dirigeants les plus anciens d'Afrique, derrière Teodoro Obiang Nguema et Paul Biya. Dans un pays où près de trois quarts de la population ont moins de 30 ans, le spectre de son maintien au pouvoir interroge.
Sous ses airs de patriarche affable, Yoweri Museveni dissimule une ambition politique implacable. Depuis 1986, il a étouffé l'opposition, confondu l'État et son parti, le Mouvement de résistance nationale (NRM), et modifié à deux reprises la Constitution afin de supprimer les limites d'âge et de mandats. Son slogan pour 2026 : "Protéger les acquis".
Un stratège devenu incontournable
Ancien guérillero, Yoweri Museveni fut l'un des artisans de la chute d'Idi Amin Dada en 1979, avant de renverser Milton Obote. Il a longtemps bénéficié du soutien de la communauté internationale, opérant un virage du marxisme vers le capitalisme, porté par une croissance rapide et des progrès notables dans la lutte contre le VIH-sida.
Mais son image s'est progressivement ternie : interventions militaires en RDC et au Soudan du Sud, adoption d'une loi anti-homosexualité parmi les plus sévères au monde, et répression systématique des opposants.
Une opposition muselée
Réélu lors de scrutins souvent entachés d'irrégularités, Yoweri Museveni a neutralisé ses rivaux historiques, comme Kizza Besigye, aujourd'hui emprisonné. Il fait désormais face à Bobi Wine, dont les rassemblements sont régulièrement dispersés par la force. Même son fils, Muhoozi Kainerugaba, chef de l'armée, oscille entre loyauté affichée et critiques virulentes contre "quarante ans de pouvoir des vieux".
Yoweri Museveni n'évoque jamais la question de la succession. Beaucoup estiment qu'il entend régner jusqu'à la fin de ses jours. Il s'est comparé à un agriculteur quittant sa plantation au moment où elle commence à porter ses fruits. Pour lui, l'heure n'est pas au départ, mais à la consolidation.
Bobi Wine, la voix du "ghetto" face au pouvoir
Ancienne star du raggamuffin devenue figure majeure de l'opposition, Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, incarne la jeunesse ougandaise en quête de changement. À 43 ans, celui qui se présente comme le "président du ghetto" défie une nouvelle fois Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986.
Issu du bidonville de Kamwokya, Bobi Wine a bâti sa popularité à travers des chansons dénonçant l'injustice sociale. Député de 2017 à 2021, il s'est notamment illustré dans la lutte contre la taxe sur les réseaux sociaux. Malgré les arrestations, les violences et la répression visant ses partisans, il continue de mobiliser des foules importantes, porté par une jeunesse qui n'a connu qu'un seul président.
(Avec Agences)