Iran : sous les bombes, une détresse mentale qui s’aggrave
12 mars 2026
Les attaques d’Israël et des États‑Unis semblent se concentrer sur Téhéran, mais des bombes tombent également dans de nombreuses autres régions du pays. Peu avant le début de la guerre, d’innombrables personnes étaient descendues dans les rues pour manifester contre leur régime théocratique. L’État islamique avait alors réprimé brutalement sa propre population : les protestations en faveur de la liberté et de la démocratie ont coûté la vie à des milliers d’Iraniens.
Même avant l’écrasement de ces manifestations, la population vivait déjà sous un gouvernement extrêmement strict. Hier comme aujourd’hui, celui‑ci tolère très peu d’écart par rapport à son interprétation de l’islam. Il définit par exemple de manière détaillée comment les femmes sont autorisées à s’habiller pour sortir de chez elles. La moindre entorse à ces règles est sévèrement punie. À ces répressions s’ajoutent les sanctions internationales contre l’Iran, qui compliquent encore la situation économique de nombreuses familles.
Bombardements, arrestations, et incertitude quant à la manière de subvenir aux besoins de sa famille ou d’offrir une éducation à son enfant : quel impact ces pressions constantes ont‑elles sur la santé mentale ?
Une situation d’alerte chronique augmente le risque de troubles psychiques
"Le nombre de maladies psychiques — en particulier les troubles de stress post‑traumatique, les troubles anxieux et la dépression — est plus élevé chez les personnes exposées de manière chronique à la violence", explique la psychologue Dana Churbaji, qui étudie à l’Université de Münster les effets de la guerre et de la fuite sur la santé mentale. On observe aussi chez les personnes concernées "une modification de la perception de la sécurité du monde et de leur capacité à contrôler leur propre vie".
Pour celles et ceux qui vivent dans une insécurité permanente — coupures de courant, manque de nourriture, perte d’accès aux communications — les besoins les plus essentiels prennent le dessus, poursuit Churbaji. Une personne qui souffre du froid, de la peur ou de la faim a une tolérance au stress beaucoup plus faible. Ainsi, même de petits conflits dans le cercle familial peuvent rapidement dégénérer.
"Lorsque ces besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits, les explosions de violence dans la famille deviennent plus fréquentes ", indique la psychologue dans une interview à la DW. "Et les relations sociales s’en trouvent affectées. Or ces relations sont le facteur de résilience numéro un."
Autrement dit : une personne qui dispose d’un réseau social stable a moins de risques de développer un trouble de stress post‑traumatique (TSPT). Si cette protection disparaît, le risque augmente.
Quand survient un trouble de stress post‑traumatique ?
En situation aiguë, un TSPT n’apparaît pas toujours immédiatement, le cerveau étant en mode survie. Les symptômes se manifestent souvent après la fuite, une fois la sécurité relative retrouvée.
"Quand le cerveau tente de faire face au passé, la symptomatologie du TSPT surgit. Et cela entrave le rétablissement du bien‑être après l’expérience de la guerre ou de l’exil", explique Churbaji.
Symptômes fréquents du TSPT
Les personnes atteintes d’un TSPT présentent souvent :
- évitement des souvenirs ou des discussions liées au traumatisme
- réactions extrêmes à certains "déclencheurs" (par exemple se cacher sous une table au bruit d’un feu d’artifice)
- flashbacks, comme si les événements traumatiques se reproduisaient réellement
- méfiance extrême, cynisme, changements de personnalité
- fortes culpabilités, notamment le "syndrome du survivant"
- troubles du sommeil, difficultés de concentration
Dans un contexte où il est difficile de parler de santé mentale, ces souffrances se manifestent aussi physiquement : maux de tête, douleurs dorsales, douleurs menstruelles, fatigue extrême.
Stress permanent en Iran : une charge plus lourde qu’un traumatisme unique
Il existe une différence importante entre survivre à un événement traumatique isolé — comme une agression — et vivre depuis des années dans un climat de guerre et de répression.
"La persécution politique des dissidents en Iran dure depuis très longtemps. Les protestations contre le régime sont régulièrement réprimées dans le sang ", souligne la psychothérapeute Rita Rosner. "Les gens vivent dans une situation traumatique prolongée."
Un traumatisme unique entraîne généralement un risque plus faible de développer un TSPT. Mais "avec chaque nouvel événement traumatique, la probabilité d’angoisse, de dépression et de TSPT augmente".
Churbaji précise qu’une accumulation de traumatismes — bombardements, répression politique, violences familiales, harcèlement au travail — rend les personnes particulièrement vulnérables.
Comment aider les personnes traumatisées ?
Les troubles comme le TSPT peuvent être traités avec un soutien psychosocial : thérapies individuelles ou de groupe, accompagnement par des professionnels formés.
Mais lorsque ce soutien n’est pas accessible, la communauté peut jouer un rôle. Des médecins, enseignants ou figures religieuses sont formés pour accompagner les personnes exposées au traumatisme.
S’il est impossible d’obtenir une aide en personne — pour des raisons de sécurité ou de manque de personnel — il existe des ressources en ligne.
La psychothérapeute Rita Rosner cite par exemple un programme de l’OMS, Problem Management Plus, disponible en 23 langues pour aider les personnes confrontées à un stress extrême.
Bien sûr, aucun traitement ne peut effacer les événements vécus.
"On ne peut pas rendre les choses non arrivées ", dit Churbaji. "Mais la majorité des personnes parviennent malgré tout à retrouver une vie épanouie."