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"Nous essayons d'apporter l'aide nécessaire"

23 avril 2026

Interview avec Mamadou Diop, représentant régional pour l'Afrique de l'Ouest de l'ONG Action contre la faim sur la situation au Mali sur le plan de la nutrition.

https://p.dw.com/p/5Ci7X

Six millions, c’est le nombre de Maliens en situation de vulnérabilité alimentaire. Selon les données des organisations humanitaires, cette situation alarmante s’explique par les répercussions de la crise sécuritaire que traverse le pays, mais aussi par les effets du changement climatique. 
Des facteurs que détaille Mamadou Diop, représentant régional pour l'Afrique de l'Ouest de l'ONG Action contre la faim. 

Ecoutez ou lisez l'interview de la DW avec Mamadou Diop.

 

DW : Monsieur Mamadou Diop. Bonjour.

Mamadou Diop : Bonjour.

DW : Votre organisation mesure que plus de 6 millions de Maliens, donc un quart de la population ont besoin d'aide humanitaire.Qui sont les personnes les plus vulnérables?

Mamadou Diop :  Effectivement, ces 6 millions là sont majoritairement des personnes qui sont touchées par les déplacements, donc les déplacements forcés.

Ces personnes qui habituellement vivent dans des zones qui sont aujourd'hui touchées par les affrontements entre les groupes armés, donc qui sont obligés de se retrouver dans d'autres zones pour leur sécurité.

Et parmi ces personnes, les plus vulnérables, bien entendu, sont les hommes qui ont perdu leurs moyens de subsistance.

En l'occurrence, tout ce qui est en lien avec le pastoralisme par exemple, ou qui ont laissé derrière les champs, leurs champs, mais surtout les femmes et les enfants.

DW : Quelle est la situation des enfants ?

Mamadou Diop :  aujourd'hui nous quantifions les besoins à 1,6 million d'enfants qui pourraient être victimes de malnutrition dans les mois, dans les semaines à venir.

Et pour ce faire, nous essayons d'apporter à ces populations l'aide nécessaire pour leur permettre de faire face à leurs mesures d'adaptation.Parce que quand il n'y a rien à manger, elles s'adaptent forcément et il ne faut pas que ces populations s'adaptent dans le mauvais sens.

Il faut qu'elles aient très rapidement, surtout les populations déplacées, les moyens de subvenir à leurs besoins immédiats et ensuite qu'on travaille avec ces mêmes populations pour leur donner les capacités de subvenir dans le futur à leurs besoins propres.

Déchargement de l'aide alimentaire au Mali
Les organisations humanitaires tentent de fournir de l'aide alimentaire aux populations vulnérablesImage : Mahamadou Kane/DW

DW : Et comment exactement est-ce que l'aide arrive là où c'est nécessaire ?

Mamadou Diop : Elle arrive spécifiquement à travers les organisations internationales et les organisations locales.Aujourd'hui, nous travaillons de manière concertée et surtout de manière complémentaire pour nous assurer que nous sommes là où il faut être, parce qu'il y a des zones complètement inaccessibles.Il y a des zones sous blocus où les groupes armés interdisent tout mouvement.

Dans ces zones là, nous devons être capables de mener des négociations adaptées pour nous permettre de pouvoir venir en aide à ces communautés là qui ont besoin d'aide.

Et pour ce faire, nous avons mis en place des mesures très spécifiques qui concernent ces zones là.Par exemple, c'est de travailler avec les communautés elles mêmes.C'est au lieu de venir nous même essayer d'apporter une aide qui va faire l'objet peut être de blocages ou de discussions avec des groupes qui occupent ces zones là, c'est de pouvoir nous assurer que les communautés elles même ont cette capacité de faire parvenir l'aide à ce niveau là et ces communautés aussi vont faire bénéficier de l'aide aux plus jeunes ou aux plus vulnérables.

Et souvent, c'est à travers des focus groups ou des discussions spécifiques pour que le ciblage soit adapté et surtout pour que les plus vulnérables aient accès à cette aide.

Des femmes et des enfants en train de marcher
Les femmes et les enfants sont plus vulnérables à la malnutritionImage : Mehmet Kaman/AA/picture alliance

DW : Action contre la faim estime que dans les prochaines années, la situation humanitaire risque de s'aggraver. Quels sont les facteurs qui détermine cette prévision?

Mamadou Diop : c'est qu'aujourd'hui il y a plusieurs groupes armés qui opèrent sur toute l'étendue du pays.Il y a quelques années, on parlait spécifiquement du Nord.Ensuite, on a parlé du Nord et du centre. Aujourd'hui, c'est tout le pays.

Ça, c'est un élément très clair pour nous qui rend la situation complexe en termes d'accès déjà, en termes de sécurité pour les travailleurs humanitaires qui deviennent de plus en plus des victimes.Et ensuite nous avons la situation économique de ces zones là où, lorsqu'il y a des blocus, où il y a des occupations, il y a ces communautés qui se déplacent parce qu'elles ont peur pour leur vie, il n'y a plus de vie économique. Et après, nous avons le changement climatique aussi, qu'il faut voir que ce sont des zones qui sont depuis plusieurs décennies touchées par des sécheresses ou par des épisodes d'inondations dans certaines zones, surtout ceux qui vivent à côté du fleuve.

Donc, pour la plupart de ces populations là, elles habitent tout le long du fleuve.Donc elles sont vraiment exposées à ces crues fortes, ces fortes crues des fleuves et qui font que ces communautés sont de plus en plus vulnérables.

DW : Et qu'est-ce que vous pouvez faire pour améliorer la situation ?

Mamadou Diop :Nous avons développé une approche, une approche intégrée qui permet de justement travailler avec les communautés, leur donner les capacités de pouvoir décider elle même de ce qu'il faut faire, comment il faut le faire et avec quels moyens nous devons le faire ensemble.

Tout récemment, j'ai été sur le terrain en visite de ces programmes et il y a une communauté qui me disait écoutez, avant, on était dans une situation où on se souciait très peu de l'aide qu'on recevait parce qu'on se disait qu'elle allait venir aujourd'hui, peut être demain, elle ne viendra pas, mais on va en profiter tant qu'elle est là, mais ne se projette pas sur comment se baser sur cette aide là pour développer quelque chose de plus durable.

Ils nous ont dit mais avec cette approche que vous avez mise en place, nous parvenons aujourd'hui à nous projeter parce que la décision vient de nous même.

DW : Je vous remercie Mamadou Diop.