Niger : la résolution du Parlement européen agace à Niamey
17 mars 2026
Au Niger, une manifestation a rassemblé aujourd’hui plusieurs centaines de personnes à Niamey, en soutien aux militaires au pouvoir. Les protestataires dénoncent la récente résolution du Parlement européen, adoptée la semaine dernière à une quasi‑unanimité, réclamant la libération "immédiate et inconditionnelle" du président déchu Mohamed Bazoum et un retour à l’ordre constitutionnel.
Dans ce Focus Sahel Plus, retour sur les enjeux de ce vote européen et les réactions qu’il a provoquées au Niger comme sur la scène internationale. Retrouvez Focus Sahel Plus dans notre journal de 17hTU sur la chaîne YouTube de DW Afrique :
Le pourquoi de la résolution européenne
Pour comprendre le sens de cette résolution, il faut écouter son initiateur : l’eurodéputé français Christophe Gomart, membre du PPE et vice‑président de la commission Sécurité et Défense du Parlement européen.
Christophe Gomart explique : "Cette résolution, elle est vraiment faite pour demander à la junte militaire actuellement à la tête du Niger de libérer le président Bazoum parce qu'il est détenu depuis trop longtemps avec son épouse, reclus, séquestré. Et c'est totalement anormal. [...] Voilà pourquoi, sur le plan humain, il me semble important que l'Union européenne porte cette résolution et demande à la junte militaire nigérienne de libérer le président Bazoum."
Sur 555 votants, 524 eurodéputés ont approuvé le texte, 2 ont voté contre et 29 se sont abstenus.
À Niamey, un rejet massif
Du côté des autorités nigériennes de transition, ainsi que de certaines organisations de la société civile, le vote est perçu comme une intrusion dans les affaires intérieures du pays. Notre correspondante à Niamey, Maimouna Amadou, a recueilli plusieurs témoignages.
Un homme déclare : "Nous savons très bien que ce n'est pas l'initiative de l'Union européenne, c'est la manigance de la France [...] cette résolution incongrue ne va nullement prospérer."
Une femme renchérit : "La souveraineté, ça s'arrache [...] Les affaires politiques du Niger, ce sont les Nigériens qui doivent les gérer."
Une troisième personne dénonce : "une énième tentative d'ingérence [...] Ce n'est pas la démocratie qui les intéresse, c'est comment reprendre pied au Niger et avoir la maîtrise sur nos ressources naturelles."
Les défenseurs des droits humains saluent la résolution
Les positions sont loin d’être uniformes. Parmi ceux qui réclament également la libération de Mohamed Bazoum figure le journaliste et militant des droits humains nigérien Mamane Kaka Touda :
"Cette résolution, ou le vote de cette résolution, nous réconforte dans notre position de dire qu'il faut libérer le président Bazoum. [...] si réellement il y a des choses qu'on lui reproche, eh bien que la justice fasse son travail."
L'intérêt pour le sort de Mohamed Bazoum dépasse largement les frontières du Niger. L’eurodéputé Christophe Gomart rappelle d’ailleurs avoir demandé sa libération à quatre reprises depuis juillet 2023.
Plusieurs organisations africaines et internationales suivent également la situation de près.
Le fondateur de l'Afrikajom Center, Alioune Tine, exprime son indignation : "Je suis vraiment révolté, indigné par cette longue détention arbitraire. [...] Le président Bazoum est un président démocrate, humaniste [...] Ce coup d'Etat est quelque chose de totalement injuste et de totalement absurde."
Un partenaire clé pour l’Europe au Sahel
Mohamed Bazoum était un pilier de la coopération sécuritaire entre le Niger et l’Union européenne, notamment dans la lutte contre les groupes armés djihadistes. L'eurodéputé Christophe Gomart, ancien commandant des opérations spéciales françaises, rappelle la portée de ce partenariat : "Depuis la détention du président Bazoum, on voit bien que la situation sécuritaire [...] se détériore et que le trafic d'armes [...] ne cesse d'augmenter."
La comparaison avec le cas Maduro rejetée par les Européens
De nombreux internautes nigériens comparent la situation de Mohamed Bazoum avec celle de Nicolas Maduro, enlevé à Caracas lors d’une opération militaire américaine. Une comparaison infondée selon Christophe Gomart :
"L'élection de Maduro était très contestée et l'Union européenne [...] ne reconnaît pas cette élection. [...] On n'est pas du tout dans le même cas que dans celui du président Bazoum."
Une date symbolique : le 2 avril
Pour plusieurs défenseurs des droits humains, l’échéance du 2 avril – date officielle de fin du mandat de Mohamed Bazoum – devrait conduire à sa libération. Alioune Tine estime qu'"aucun argument juridique [...] ne peut tenir."
Retour rapide à l’ordre constitutionnel
Outre la libération de Mohamed Bazoum, les eurodéputés pressent le CNSP de respecter son engagement de transition politique. Mamane Kaka Touda souligne que "Le général Tiani [...] a dit qu’ils ne vont pas dépasser trois ans. [...] J'espère bien qu'ils vont tenir promesse."
Le terme d’ingérence, utilisé par les autorités nigériennes, fait réagir Christophe Gomart : "On demande la libération du président Bazoum, le retour à l'ordre constitutionnel [...] C'est tout. [...] L'Union européenne est totalement légitime à dire ça."
Pour une coopération "gagnant-gagnant"
Mamane Kaka Touda nuance enfin le débat sur la souveraineté : Le Niger a plusieurs partenaires et l’essentiel est, selon lui, que ces coopérations soient "vraiment fructueuses et bénéfiques" pour la population.