La Côte d’Ivoire veut réduire les accidents de la route
10 mars 2026
"C’était comme un frère pour moi. On a grandi ensemble, on a fait l’école primaire côte à côte… Cette année, on devait passer le bac . Ce matin-là, il m’a dit qu’il allait voir sa maman."
La voix de Moussa tremble encore. A quelques mètres de lui, Kader survivant de l’accident se remémore la scène.
"J’étais assis derrière le chauffeur. Tout s’est passé très vite. J’ai vu la porte être arrachée… Alors j’ai réussi à me faufiler dehors pour sortir."
Quelques secondes auront suffi pour que le trajet vire au drame. Bilan : un mort et six blessés graves dans l’accident survenu ce samedi matin sur l’autoroute de Yopougon à Abidjan en Côte d'Ivoire. La victime, un élève en classe de terminale de 19 ans, laisse derrière elle des camarades sous le choc. Moussa et Kader faisaient partie de ses plus proches amis.
Respect du code de la route
Depuis le 2 mars dernier, circuler à Abidjan exige plus que jamais de respecter le code de la route. Sur l’axe très fréquenté reliant Adjamé à Yopougon, gendarmes et policiers multiplient les contrôles. Rien ne leur échappe, pas même cet autocar qui roule sans plaque d’immatriculation à l’avant.
Pourtant pour ces passagers pressés d’arriver à destination, l’arrêt imposé par les forces de l’ordre est difficile à accepter. Mais la sécurité, elle, reste la priorité.
Monique déplore que "les chauffeurs ici, ils roulent n'importe comment. Les mobylettes, elles roulent n'importe comment. Ça ne nous arrange pas. Toujours il y a des accidents. Donc c'est normal de contrôler".
César Ettien, autre usager de la route indique sur la DW avoir "payé nos titres de transport. Ils ne nous ont rien dit. On prend la route, on arrive ici, les gendarmes nous sifflent. On dit : vous n'avez pas de plaques. Mais les gendarmes ont fait leur boulot. Je les félicite".
Ici, chaque véhicule est inspecté, tout autant que son conducteur. Pièces manquantes ou défaillantes, excès de vitesse, utilisation du téléphone au volant ou abus d’alcool : chaque comportement à risque est systématiquement verbalisé. L’adjudant de la gendarmerie Mahama Coulibaly justifie la présence de son équipe en ces lieux.
"Effectivement, nous sommes dans la phase de répression. Mais on continue quand même, avec les instructions de monsieur le ministre des Transports, un peu de sensibilisation."
Des centaines de morts en quelques semaines
Alors qu’en ce début d’année 2026, en seulement six semaines, 519 accidents ont été recensés, faisant 1 923 blessés et 164 morts. Une situation qui suscite inquiétude et exaspération, notamment à Abidjan, où la circulation dense accentue les risques.
Pour inverser cette funeste tendance, les autorités ont massivement investi dans la vidéo-verbalisation. Georges Koffi, du ministère des Transports, explique : "Nous avons environ 140 caméras au niveau du ministère des Transports, mais qui travaillent en symbiose avec les caméras du ministère chargé de la Sécurité, qui sont plus d'un millier".
Georges Koffi fait remarquer que "la porte d'entrée, c'est la plaque d’immatriculation. Donc il faut que les véhicules aient des plaques aux normes pour qu'elles soient flashées par ce système de vidéo-verbalisation".
De nuit comme de jour, les agents de l’Office de la sécurité routière, appuyés par la police et la gendarmerie nationale, investissent les axes routiers du pays.
Selon la Direction générale de la police, l’opération Tolérance Zéro a permis de saisir quelque 405 véhicules particuliers mis en fourrière, 659 engins à deux ou trois roues retirés de la circulation, ainsi qu'une trentaine de véhicules administratifs.
A travers ce déploiement renforcé, les autorités entendent faire reculer durablement l'insécurité routière. Un combat quotidien mené entre technologies, présence humaine et fermeté pour tenter d’endiguer la spirale des accidents sur les routes ivoiriennes.