L'USAID prive d’école des victimes de Boko Haram au Nigeria
17 septembre 2025
Israël Peter, 14 ans, n’a plus connu le bonheur d’une cour de récréation depuis huit ans. Alors qu’il avait six ans, les militants extrémistes de Boko Haram ont attaqué son village dans le nord-est du Nigeria. Il a dû fuir avec sa famille.
"Je veux aller à l'école parce que je veux aider ma famille, mon pays et mes proches. Mais je n'ai pas été admis à l'école et mes parents n'ont pas les moyens de payer les frais de scolarité", insiste Israël Peter.
Résultat : le jeune garçon est contraint d’aller travailler dans les champs, attristé de ne pas enfiler un uniforme, comme les autres élèves.
Israël Peter a vu son inscription rejetée par une organisation à but non lucratif située à Maiduguri, le cœur de la zone où Boko Haram est actif. Celle-ci gère une école qui offre une éducation gratuite aux victimes de Boko Haram.
L’organisation invoque la perte soudaine du financement américain, à la suite du démantèlement de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), par l'administration Trump.
"Faire le jeu des djihadistes"
Plusieurs bailleurs de fonds de l'école avaient reçu des financements de l'USAID.
Suleiman Aliyu Abdulahi est le directeur de cette école fondée par la Future Prowess Islamic Foundation.
"Lorsque l'école a été créée, en 2007, nous avons commencé avec 36 élèves. Mais l'école s'est agrandie jusqu'à compter 2.240 élèves et étudiants", raconte le directeur.
"Cependant, en raison de la réduction des financements, notamment ceux de l'USAID, le nombre d'inscriptions doit passer de 2.240 à moins de 1.500 élèves et étudiants. Nous avions 102 enseignants dans l'école, nous devons désormais réduire nos effectifs à 82 personnes."
Suleiman Aliyu Abdulahi affirme pourtant que sans cette école, des enfants auraient pu errer dans les rues et rejoindre les insurgés de Boko Haram.
La situation actuelle "ne peut que faire le jeu des djihadistes, connus pour exploiter à leur avantage ce genre de problèmes", redoute Malik Samuel, un analyste nigérian.
L'école, gérée par la Future Prowess Islamic Foundation, a bénéficié à 3.000 enfants dans l'Etat de Borno, parmi lesquels d’anciens membres de Boko Haram qui ont fait défection et renoncé à la violence.
Des millions de personnes vulnérables
Des millions de personnes dans la région dépendent des organisations humanitaires et des partenaires étrangers pour survivre.
L'USAID a financé une série de projets, allant des soins de santé à l'éducation et à la protection sociale, en versant 1,5 milliard de dollars au Nigeria, entre 2023 et 2024. Aujourd'hui, seuls quelques projets comme le Pepfar (Plan d’urgence à la lutte contre le sida à l’étranger) survivent aux coupes américaines.
L'Etat de Borno estime toutefois que l'impact du retrait du financement américain n'est pas significatif sur l'éducation, car les donateurs se concentreraient principalement sur l'aide à l'apprentissage des élèves dans les structures existantes.
Mais de nombreuses familles, comme celle d’Israël Peter, n'ont pas les moyens de les financer.