En Pologne, l'éducation sexuelle dans les écoles divise
18 mars 2026
Depuis l’année scolaire 2025/2026, la Pologne a introduit dans ses écoles une nouvelle matière intitulée "Éducation à la santé".
Ce cours, dispensé du primaire au lycée à raison d’une heure par semaine, aborde un ensemble de thématiques liées au bien-être des jeunes : santé physique et mentale, hygiène de vie, alimentation équilibrée, impact de l’environnement, dangers des réseaux sociaux ou encore prévention des addictions. Bien que la participation y soit volontaire, cette nouveauté s’est très rapidement retrouvée au centre d’une vive controverse politique et sociétale.
La source principale de la polémique réside dans l’un des dix modules du programme : l’éducation sexuelle. Celui-ci inclut des informations sur la contraception, les infections sexuellement transmissibles ou encore les violences sexuelles. Pour la droite conservatrice et l’Église catholique, ces sujets constituent une forme de "corruption morale" des enfants. Elles accusent le gouvernement de Donald Tusk de vouloir "érotiser" les élèves et de rompre avec les valeurs familiales traditionnelles. La Conférence épiscopale polonaise, dans une lettre pastorale publiée en mai 2025, a exhorté les parents à s’opposer à ce qu’elle décrit comme un enseignement menaçant l’innocence et la moralité des enfants.
Cette réaction s’inscrit dans un contexte plus large de luttes idéologiques autour de l’école polonaise. Sous les huit années de gouvernement du parti Droit et Justice (PiS), de 2015 à 2023, l’éducation avait été fortement orientée vers la promotion du patriotisme et des "valeurs conservatrices". L’arrivée au pouvoir de la coalition de centre-gauche menée par Donald Tusk a marqué un changement de cap, avec une volonté affichée de moderniser les programmes et de rétablir une approche plus libérale. La création de l’Éducation à la santé symbolise cette rupture : elle remplace l’ancien cours "Éducation à la vie de famille", considéré comme désuet et peu suivi.
Face à la pression politique et religieuse, le gouvernement a maintenu la participation volontaire au cours, laissant aux parents le droit de désinscrire leurs enfants. Parmi les premiers à exercer ce droit figure le président conservateur Karol Nawrocki, qui dénonce une tentative d’introduire de manière "déguisée" une idéologie progressiste dans les écoles. Selon les données du ministère de l’Éducation, seuls 30 % des élèves suivent actuellement ce cours, avec une participation particulièrement faible dans les régions du sud-est, bastions conservateurs où l’influence de l’Église demeure prépondérante.
Surmonter la fausse pudeur
Sur le terrain, les enseignants et certains établissements défendent au contraire l’intérêt du programme. À Varsovie, la psychologue et éducatrice sexuelle Tosia Kopyt, qui enseignait auparavant l’ancienne matière, décrit le nouveau contenu comme "moderne et complet". Elle estime qu’il répond aux interrogations des jeunes et qu’il leur offre des outils essentiels pour comprendre leur corps, leurs émotions et les relations sociales. À Mikolajki, dans la région des lacs de Mazurie, l’école STO affiche un taux de participation remarquable de 86 %. Sa directrice, Magdalena Wielogorska, attribue ce succès à une approche pédagogique innovante, fondée sur des sessions longues et interactives, plutôt qu’une simple heure hebdomadaire théorique.
Entre suppression et obligation
Au niveau politique, la ministre de l’Éducation, Barbara Nowacka, se trouve au centre des pressions opposées. D’ici fin mars, elle doit décider si l’Éducation à la santé deviendra une matière obligatoire ou restera facultative. Les partisans du cours — directeurs d’établissement, associations d’élèves et organisations démocratiques — appellent le gouvernement à tenir tête aux groupes conservateurs. Ils estiment qu’il s’agit d’un enseignement crucial pour la santé publique, la prévention des violences sexuelles et la préparation des adolescents aux défis contemporains.
Ses opposants restent tout aussi fermes. La "Coalition pour le sauvetage des écoles polonaises", regroupant plus de 90 organisations, exige la suppression pure et simple du cours. Selon elle, l’enseignement de la sexualité diffuserait une "idéologie du genre" dangereuse et pourrait pousser certains jeunes à envisager une transition de genre, qualifiée dans leur discours de "mutilation du corps". Ce mouvement affirme également que le cours porte atteinte au droit des parents et à la liberté de conscience des enseignants.
Ainsi, la controverse autour de l’Éducation à la santé s’est transformée en champ de bataille symbolique entre deux visions opposées de la société polonaise : l’une, conservatrice et axée sur des valeurs traditionnelles ; l’autre, progressiste et tournée vers une éducation modernisée.