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Sénégal, promulgation de la loi anti-LGBT : la FIDH inquiète

Reliou Koubakin | Avec agences
31 mars 2026

Le président Bassirou Diomaye Faye a promulgué la loi doublant les peines de prison pour des relations homosexuelles. La FIDH se dit inquiète pour les personnes LGBTQ+.

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Un couple gay ougandais se couvre d'un drapeau arc-en-ciel alors qu'il pose pour une photo en Ouganda, le samedi 25 mars 2023
Plus de la moitié des pays africains interdisent et répriment l'homosexualitéImage : AP Photo/picture alliance

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a promulgué lundi (30.03.26) la loi doublant les peines pour homosexualité. Les relations contre nature, comme les qualifie le Sénégal, seront désormais punies de cinq à dix ans de prison, avec une amende allant de deux à dix millions de francs CFA. La peine maximale sera prononcée si l’acte homosexuel a été commis avec un mineur. Le texte prévoit également des sanctions pénales concernant la promotion et le financement de l'homosexualité au Sénégal mais combattra la dénonciation abusive faite de mauvaise foi. 

Pays très majoritairement musulman et profondément religieux, le Sénégal a été le théâtre ces dernières semaines de dizaines d'arrestations de personnes supposées homosexuelles et de multiplications des attaques en ligne. 

Une loi qui "bafoue" les droits humains

Plusieurs organisations avaient pourtant demandé au chef de l’Etat sénégalais de ne pas publier le texte adopté à une écrasante majorité à la mi-mars par le parlement sénégalais. Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, avait dénoncé ainsi une loi qui "bafoue" les droits humains.

L'agence des Nations unies spécialisée dans la lutte contre le Sida s'était inquiétée des conséquences pour "la santé publique dans le pays" et avait demandé au président de ne pas promulguer cette législation. Bien que certaines organisations de défense des droits humains ont critiqué ce durcissement de la législation, les réactions internationales sont moins nombreuses que lors du passage de lois similaires dans d'autres pays africains ces dernières années.

Depuis plusieurs années, des associations religieuses très influentes réclament la "criminalisation" de l'homosexualité. Avec cette nouvelle loi, la qualification juridique des relations homosexuelles ne change pas et reste "un délit", ce qui est suffisant pour "obtenir ce que nous voulons et même plus", a estimé le Premier ministre Ousmane Sonko. Mais comme il avait initialement promis pendant ses campagnes électorales d'en faire un crime, l'opposition et des militants lui reprochent de ne pas avoir tenu parole. 

Alice Bordaçarre, responsable du bureau droit des femmes et égalité de genre à la FIDH. Elle se dit très déçue et inquiète après cette promulgation.... 

Ecoutez l’interview d’Alice Bordaçarre de la FIDH

 

Alice Bordaçarre : Le Sénégal s'est engagé depuis de nombreuses années maintenant à lutter contre la discrimination et la discrimination contre les personnes homosexuelles. Et donc on est très déçus que le président sénégalais ait décidé de bafouer les engagements internationaux du pays et oublie les traités et conventions régulièrement ratifiés.

On est très, très inquiets et on le voit avec la situation actuelle, il y a beaucoup de violence et de discrimination à l'encontre des personnes homosexuelles dans le pays. C'est pas nouveau, même si on voit que les choses empirent. Et donc bien sûr, cette nouvelle loi qui double les peines de prison, qui prévoit des amendes plus lourdes, mais pour la première fois aussi, qui menace, qui constitue des menaces pour les associations qui défendent les droits des homosexuels.

C'est extrêmement inquiétant. L'opinion dit que c'est importé et parle de l'agenda LGBT et de quelque chose qui serait imposé par l'Occident. Alors que si on fait de l'histoire et de la sociologie et qu'on analyse ce qui s'est passé au Sénégal, on voit que dans son histoire, le Sénégal était beaucoup plus tolérant sur ces questions-là. Et le pays s'est durci et commence à discriminer les personnes homosexuelles après la colonisation.

Notamment sur le travail de la société civile et ce qui est vu comme la promotion de l'homosexualité. On ne sait absolument pas ce qu'entend le gouvernement par la promotion de l'homosexualité. Est-ce que défendre les droits de toutes et tous, les droits humains et les droits fondamentaux rentrent dans cette catégorie ? Et là, ça veut dire qu'on ne peut plus parler librement au Sénégal et on ne peut plus parler de la défense des droits humains et de l'universalité des droits. Donc, c'est museler la société civile et les associations qui ne font que défendre le droit de toutes et tous au respect de la dignité.

DW : Mais pourquoi les homosexuels sont mal vus au Sénégal ou plus globalement dans des pays africains ?

Alice Bordaçarre : Il y a plusieurs études sur le sujet, mais beaucoup en anglais. Donc c'est pour ça qu'on a publié un article d'analyse en français qui montre l'héritage colonial des LGBTphobies et en particulier de l'homophobie. En fonction des différents pays pays concernés, c'est plus clair dans les pays qui ont été colonisés par le Royaume-Uni, parce qu'il y avait une disposition qui a été mis en place dans le Code pénal indien, qui a été dupliqué dans l'ensemble du Commonwealth et qu'on appelle les Sodomy laws, donc qui condamnait l'homosexualité masculine et les relations consensuelles entre personnes du même sexe.

Pour les pays qui ont été colonisés par la France, la situation est un peu différente parce qu'il n'y avait pas d'interdiction de l'homosexualité dans le Code pénal français à l'époque. Mais souvent, le colon un peu zélé a imposé sa vision binaire dans les États colonisés. Et on voit qu'au Sénégal notamment, on pense que l'homophobie est un héritage colonial, pas uniquement, mais en partie.