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Que retenir du discours de Merz sur la politique étrangère ?

Jens Thurau | Konstanze Fischer
30 janvier 2026

Lors d'un discours, jeudi, devant les députés allemands, le chancelier allemand a fait la promotion de l'Europe comme bouclier contre les crises actuelles tout en ciblant Donald Trump sans le nommer.

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Le chancelier fédéral Friedrich Merz fait une déclaration gouvernementale sur la politique étrangère devant le Bundestag.
Friedrich Merz est chancelier fédéral depuis mai 2025Image : Liesa Johannssen/REUTERS

Le discours du chancelier allemand sur la politique étrangère allemande devant les députés aura duré vingt minutes. Vingt minutes pour dépeindre d'abord un tableau sombre de la politique mondiale : Friedrich Merz entame son plaidoyer pour une Europe plus forte en évoquant trois grandes puissances – sans les nommer.

Trois puissances qui tiennent la planète en haleine et font souffler un vent violent sur l'actualité. Les députés comprendront qu'il s'agit de la Russie, de la Chine et des États-Unis.

Puis il embraye : l'Union européenne ne pourra s'imposer que "si nous apprenons nous-mêmes à parler le langage de la puissance. Que si nous devenons nous-mêmes une puissance européenne".

Rien de très nouveau - ni dans la bouche du chancelier, ni dans celles d'autres dirigeants allemands ou européens. Mais ce discours prononcé jeudi devant le Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, constitue tout de même une ébauche de réponse aux secousses de ces derniers mois sur le parquet international.

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L'Europe inflexible sur le Groenland

À l'origine de son discours et de la nouvelle orientation de sa politique étrangère, il y a la violente querelle qui a opposé récemment les Européens au président américain concernant le Groenland. Un territoire appartenant au Danemark, membre de l'Otan mais que Donald Trump a voulu s'octroyer et qui l'a conduit à menacer les États européens de droits de douane exorbitants en cas d'opposition.

Sauf que, dit Friedrich Merz, l'Europe a répliqué en usant de la même arme commerciale et elle est parvenue à faire reculer Donald Trump. Un moment où les Européens ont pu ressentir le "bonheur de l'estime de soi". Une formule presque poétique pour un chancelier conservateur et qui semble avoir été apprécié par son auditoire.

"Alliés mais pas subordonnés"

Le chef du gouvernement allemand explique aussi que c'est au cours de la semaine dernière que son projet de déclaration gouvernementale sur la politique étrangère a vu le jour. Son intention – et celle de ces conseillers – semble être de rassembler les forces des principaux membres de l'Otan - Allemagne, France et Grande-Bretagne – pour tenir tête à Donald Trump sur la base de principes fondamentaux :

"Nous, la République fédérale d'Allemagne, voulons faire partie d'un réseau dynamique et agile d'États souverains qui continuent à défendre un ordre fondé sur des règles. Nous voulons le libre-échange", martèle encore le chancelier, soulignant que les Européens, savent d'expérience, que seul ce système économique mène à la prospérité et à la sécurité.

"Nous ne nous laisserons plus intimider par des menaces douanières", ajoute encore Friedrich Merz qui lance alors une seconde formule à retenir : "En tant que démocraties, nous sommes des partenaires et des alliés, pas des subordonnés". Toujours pas de nom – mais là encore les députés savent que c'est Donald Trump est clairement visé.

Le chancelier rappelle aussi qu'environ trois quarts du commerce mondial reposent encore sur les accords de l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce autrement dit sur des règles reconnues internationalement.

Opposition aussi sur le sujet de la Bundeswehr en Afghanistan

Enfin, un passage fort du discours a concerné l'engagement passé de la Bundeswehr en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Il se trouve que la semaine dernière, Donald Trump s'est aussi exprimé sur le sujet prétendant sur la chaîne Fox News que les pays concernés :

"Ils diront qu'ils ont envoyé des troupes en Afghanistan. Et c'est ce qu'ils ont fait, mais ils sont restés un peu en retrait, un peu à l'écart du front."

Soldats de la Bundeswehr dans un camp militaire de la Bundeswehr en Afghanistan
L'engagement de la Bundeswehr en Afghanistan (2001-2021) fut l'une des missions les plus longues, coûteuses et meurtrières de l'armée allemandeImage : Kay Nietfeld/POOL/AFP/Getty Images

Une déclaration qui n'est pas passée à Berlin : "nous ne permettrons pas que cette intervention, que nous avons menée également dans l'intérêt de notre allié, les États-Unis d'Amérique, soit aujourd'hui méprisée et dépréciée." La phrase de Friedrich Merz fait mouche : la plupart des groupes parlementaires au Bundestag applaudissent.

Débat autour du conseil de la paix

La plupart ... comme on pouvait s'y attendre, l‘Alternative pour l'Allemagne, principale force d'opposition au Parlement, en partie d'extrême droite et proche de Donald Trump, ne fait pas de quartier à l'optimisme européen du chancelier.

Alice Weidel, présidente du parti et du groupe parlementaire a plaidé en faveur d'un rapprochement encore plus étroit avec les États-Unis, malgré toutes les menaces proférées par Washington. Elle a critiqué comme une "erreur" le refus du gouvernement fédéral d'adhérer au Conseil de paix créé par le président américain. Selon elle, cet organe serait "une chance de lever les nombreux blocages causés par une ONU incapable d'agir."

A l'inverse, de nombreux détracteurs ont fait valoir que ce Conseil de paix, qui serait présidé par Donald Trump lui-même, était conçu délibérément comme une alternative à l'ONU.

A noter par ailleurs que la plupart des citoyens allemands ne voient pas l'intérêt de se rapprocher de Donald Trump : selon un sondage récent de l'institut de sondage Infratest-dimap, seul un septième des personnes interrogées considère encore les États-Unis comme un partenaire fiable. Malgré le manque de popularité du gouvernement de Friedrich Merz, la confiance du chancelier dans l'Europe semble donc plus proche de l'état d'esprit qui règne actuellement dans le pays.

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