Notre invité de la semaine est Zerbo Lassina, l’ancien Premier ministre du Burkina Faso, rencontré le samedi 14.02.2026, à Munich, lors de la Conférence sur la sécurité. Interrogé sur la crise de confiance qui existe entre les pays de l’Union européenne et le Mali, le Niger et le Burkina Faso, trois pays du Sahel dirigés par des militaires, Zerbo Lassina a répondu qu’en réalité, ce sont les pays européens qui devraient regagner cette confiance, notamment auprès de la jeunesse africaine.
L’ancien Premier ministre burkinabè a estimé que les Africains n’oublient pas ceux qui les aident dans les moments difficiles et qu’en ce moment, c’est la Russie, et non pas l’Europe, qui aide les pays de l’Alliance des États du Sahel.
Entretien avec Zerbo Lassina :
DW : Vous venez d'assister à un panel sur la crise au Sahel. Qu'est-ce qu'il faut exactement pour mettre fin à cette crise ?
J'ai assisté à un panel. J'aurais souhaité voir plus de personnes du Sahel impliquées dans la discussion, parce que, bon, nous étions spectateurs. Or, il faut inclure les trois pays du Sahel dans ce type de discussions, dans des forums comme la Munich Security Conference.
Cela permet aussi d'avoir leur point de vue. C'est très important. L’autre aspect que j'ai voulu évoquer après le panel, c'était de dire qu’il ne faut pas résoudre le problème en affirmant que, parce que la Russie est là-bas et que nous avons des difficultés avec certains pays, cela suffirait. Il faut aller aux causes du problème.
Si vous laissez un vide dans ce pays, d'autres viendront. On dit dans notre culture en Afrique : je suis en phase avec celui qui vient quand je suis en difficulté. C’est de cette personne dont je vais toujours me rappeler.
Donc, si l'Europe veut rester engagée en Afrique, il faut aussi qu’elle s’occupe des problèmes structurels que l'Afrique a, que la zone du Sahel connaît aujourd'hui.
Par exemple, permettre aux étudiants d'avoir des possibilités d'aller étudier, comme le font les pays qui les accueillent aujourd'hui : la Turquie, la Russie, la Chine.
Il faut que l'Europe continue également de faire cela. Elle le faisait avant.
Aujourd'hui, quand on traite avec des pays dont la population est jeune à plus de 70 %, on ne peut pas négliger les problèmes de la jeunesse et penser qu'il faut résoudre le problème seulement sur le plan sécuritaire.
Voilà un peu ce que je pense : les pays qui aspirent à revenir dans le contexte du Sahel doivent prendre cela en compte. La sécurité, c'est une chose, mais les problèmes structurels de développement en sont une autre.
Et le problème de la jeunesse est quelque chose dont il faut sérieusement s'occuper.
DW : Le ministre mauritanien des Affaires étrangères a parlé du rétablissement de la confiance.
Non, la confiance, c'est entre les populations, la jeunesse et, bon, certains pays qui ont donné l'impression d'avoir un peu abandonné l'Afrique ou la zone du Sahel.
Donc, il y a un déficit de confiance qu'il faut gérer, et il faut créer les conditions qui vont amener la jeunesse à croire en ces pays-là, qui ont plus ou moins quitté cette zone du Sahel et qui a été, je dirais, investie par d'autres.
Mais il faut redonner confiance à cette jeunesse, donner confiance aussi aux autorités, tout en voyant comment on peut les aider et les appuyer dans cette lutte contre le terrorisme.
Mais le développement est important aujourd'hui et la jeunesse est très importante dans ce contexte.
DW : Quelle analyse faites-vous de la position de la CEDEAO ? La position actuelle concernant les trois pays de l’AES.
Le président en exercice de la CEDEAO, Son Excellence Bio de Sierra Leone, a dit que la CEDEAO était en train de voir comment engager ces États.
Ils ont fait le pas et il espérait aussi qu'il y aura un terrain d'entente et un juste milieu où ils pourraient coopérer parce que la région ouest-africaine est importante.
Donc, il y a beaucoup de choses qui ont été faites dans ce cadre, mais il faut aussi voir les différentes perceptions, parce qu'on vit dans un monde de perceptions, et c'est cela qu'il faut essayer de gérer.
Et je pense que le président en exercice, le président sierra-léonais, a bien posé la problématique.
DW : Et les trajectoires que prennent aujourd'hui les trois pays de l’AES, cela rassure par rapport à cette région ?
En fait, moi, je n'irai pas sur le plan de savoir si cela rassure ou si cela ne rassure pas.
Il y a déjà un fait : il faut essayer de trouver des solutions. Je pense qu'il faut se mettre dans cette dynamique plutôt que de voir où se trouve le problème.
On sait où se trouve le problème. Il faut trouver des solutions et je pense que c'est cela l'important.
Merci beaucoup.
C'est moi qui vous remercie.