RCA : une survivante de viol reprend le contrôle de sa vie
11 mars 2026
Solange Poulapéré est une survivante. Les violences sexuelles qu'elle a subies, il y a plus de dix ans, à Dékoa, dans le centre de la République centrafricaine, lui ont laissé de multiples traumatismes.
"Nous avons fui la guerre pour nous réfugier au village de Gbadé, sur la route de Mala. Quand ils sont arrivés, ils ont fait une sommation, ensuite ils ont crié « Douga », imposant ainsi à mon mari de se coucher par terre. Une fois couché, ils l’ont ligoté, frappé et m’ont violé en présence de mes deux enfants."
Ce sont des miliciens Séléka qui ont infligé ces souffrances à Solange Poulapéré, au plus fort des affrontements qui les ont opposés aux anti-Balaka.
Les bourreaux ont emporté avec eux son cheptel, laissant leur victime inconsciente. Solange a été confiée à l'Eglise catholique de Dékoa par sa communauté.
"Il m’était impossible de rejoindre Ledger, le camp de déplacés. Les secours m’ont donc conduite chez le père Everado", raconte Solange Poulapéré.
"Après les premiers soins, il m’a transférée aux sœurs du PK 10 pour la prise en charge psychologique."
Soutien financier de la Fondation Denis Mukwege
Outre l’Eglise, la Fondation Denis Mukwege a fourni un soutien financier, mais aussi psychologique à Solange Poulapéré et son mari : "Je me suis décidé à mettre en valeur le fonds mis à disposition. J’ai construit une maison, j’ai payé une moto qui me génère des revenus, et un moulin."
"Mais avant cela, mes beaux-parents ont dit à mon mari qu’il n’était pas possible de continuer à vivre avec moi, car les Séléka ont abusé de moi et m’ont donné le sida. Mais il s’est posé des questions, car ce qui est arrivé n’est pas de mon vœu. Pourquoi alors se séparer ? Mais ses parents ne voulaient rien entendre et ils l'ont incité à prendre une seconde épouse. C’est dans ce contexte que les conseillers pour couple nous ont aidés."
Pour Maya Cha, cheffe des opérations du fonds mondial pour les survivantes, l’approche de la réparation est centrée sur la victime elle-même.
"C’est centré sur la survivante. Elle décide ce qu’elle veut dans le projet, ce qu’elle veut comme mesure réparatrice intérimaire. Cela englobe les soins psychosociaux, médicaux et aussi la partie compensation, où elles choisissent un business à faire. Qu’est-ce qui est bien pour vous ? Qu’est-ce que vous voulez ? Qu'est-ce qui vous répare ? C’est ce qui fait l’effet transformatif dans un projet, pour donner une chance et une voix aux survivantes."
Le projet fini, les victimes sont capables de se prendre en charge en attendant une possible réparation judiciaire, susceptible de leur venir en aide.