Le 20 octobre 2022, le Tchad vivait une journée tragique désormais connue sous le nom de "jeudi noir" . Une manifestation pacifique contre le maintien au pouvoir de Mahamat Idriss Déby Itno a été violemment réprimée par les forces de sécurité. Le gouvernement a reconnu 73 morts, mais l’opposition et la société civile évoquent plus de 300 victimes, majoritairement des militants du parti Les Transformateurs de Succès Masra.
Trois ans plus tard, la justice se fait toujours attendre. Une loi d’amnistie générale, votée en novembre 2023 par le Conseil national de transition, a mis fin aux poursuites liées à ces événements. Cette décision faisait suite à un accord de réconciliation signé à Kinshasa entre le gouvernement et Succès Masra, revenu d’exil peu après.
À l’occasion de ce triste anniversaire, des voix comme celle de Charlotte Mancini, conseillère aux droits humains pour l’Afrique à l’OMCT, rappellent que la lutte pour la vérité et la justice continue.
Charlotte Mancini : Le 20 octobre 2022, en réalité, il y a eu l'organisation de plusieurs marches et manifestations pacifiques dans la capitale et dans d'autres villes du Tchad, pour appeler au respect de la Constitution et l'Organisation mondiale contre la torture, et ses partenaires tchadiens ont pu enquêter sur les différentes violations qui ont été commises à cette occasion, et le rapport que nous avons publié a révélé que plus de 218 personnes ont été tuées lors de ces manifestations, puisque les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles sur les manifestants, et également des centaines de personnes blessées et plus de 1300 personnes détenues arbitrairement, et enfin 40 personnes disparues.
DW : Comment jugez-vous l'amnistie accordée aux auteurs présumés de la répression?
Est-ce une avancée vers la paix ou une négation du droit à la justice?
Charlotte Mancini : Alors cette amnistie, pour nous, elle est en contradiction avec les engagements internationaux du Tchad puisqu'elle prive les victimes et leurs familles du droit d'accès à la justice et du droit à avoir une réparation, d'obtenir réparation pour les violations qu'elles ont dont elles ont été victimes.
DW : Madame Charlotte Mancini, vous avez, avec la Ligue tchadienne des droits de l'homme, initié des recours en justice pour les victimes. Où en est-on aujourd'hui?
Charlotte Mancini : Effectivement, nous avons déposé une plainte devant les juridictions pénales tchadiennes contre une vingtaine de hauts responsables civils et militaires, afin qu'ils soient poursuivis et traduits en justice pour leur implication dans les massacres du 20 octobre 2022, et ceci au nom d'un groupe de victimes.
Cette plainte, à l'heure actuelle, elle n'a pour l'instant rien donné puisque pour l'heure, les autorités n'ont pas jugé bon d'ouvrir une enquête pénale.
DW : Et comptez-vous saisir la justice internationale pour ce faire?
Charlotte Mancini : Alors, c'est effectivement une possibilité qu'on puisse saisir la justice internationale, et nous l'avons également précisé dans la plainte nationale, que si nous n'obtenons, n'obtenons pas justice au niveau national, et c'est également le droit des victimes de pouvoir saisir la justice internationale si elles n'obtiennent pas satisfaction.