Les troupes rwandaises vont-elles quitter le Mozambique ?
6 mai 2026
En trois ans, l’Union européenne a versé, dans le cadre du programme d’appui aux troupes rwandaises, au Mozambique, 40 millions d’euros. L'Union européenne n’entend donc pas aller au-delà.
Un porte-parole de l’UE a indiqué à la DW que Kigali et Maputo ont signé "un accord bilatéral régissant le déploiement des forces rwandaises de défense". "Par conséquent, poursuit ce porte-parole, il appartient aux deux pays de poursuivre leur dialogue et leur coopération, afin de définir une voie à suivre appropriée pour cette action spécifique."
L’Union européenne, si elle ne prolonge pas son appui financier, reconnaît toutefois, "la contribution très importante apportée par le Rwanda aux efforts visant à stabiliser la situation en matière de sécurité dans la province de Cabo Delgado".
Controverses au sujet des fonds déboursés par Kigali
Les 40 millions d’euros de l’UE sont estimés à moins d'un cinquième du coût total pour le Rwanda. Cependant, le montant réel des coûts fait l'objet de controverses.
Borges Nhamirre, expert mozambicain au sein de l’Institut d’études de sécurité, estime que les chiffres présentés par Kigali sont difficiles à vérifier.
Le montant alloué par l’UE n’était en tout cas pas assez pour Kigali qui, en mars dernier, avait menacé de retirer ses milliers de soldats engagés, à la demande de Maputo, dans la province du Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique.
Les troupes rwandaises sont censées combattre des islamistes affiliés au groupe Etat islamique. Plusieurs analystes interrogés par la DW redoutent un vide sécuritaire pour le Mozambique. Mais les troupes rwandaises protégeaient avant tout les sites gaziers.
L’ancien journaliste et diplomate rwandais, Célestin Nsengiyumva, minimise donc le rôle joué par les troupes rwandaises.
"Les troupes rwandaises qui sont stationnées dans cette province mozambicaine du Cabo Delgado ne font pas d’opérations militaires. Ils font ce qu’on appelle le gardiennage. Les insurgés n’ont pas les moyens de faire des opérations amphibies pour attaquer les installations d’exploitations gazières qui se retrouvent au large du Cabo Delgado."
Sanctions européennes
La fin de l’appui européen survient après les sanctions de l’UE contre des responsables militaires, en mars 2025, conséquences du conflit dans l’est de la RDC.
Pour Célestin Nsengiyumva, ce retrait des troupes rwandaises va conduire à "une surpopulation militaire", au Rwanda, un petit pays d'à peine 26 000 kilomètres carrés.
"L'argent qu’ils percevaient de leur soi-disant opération au Cabo Delgado, ils ne l’auront plus", prédit l’ancien diplomate.
"Mais le Rwanda aura la main-d'œuvre comme chair à canon pour aller alimenter l’insécurité qui existe déjà dans les deux provinces congolaises du Kivu et évidemment, aussi, à la frontière burundaise, à la frontière entre le Rwanda et le Burundi, et à la frontière entre le Burundi et la RDC."
D'après Borges Nhamirre, le retrait des troupes rwandaises, s’il devient effectif, pourrait aussi être un risque géopolitique pour l’Union européenne, d’où viennent la plupart des investisseurs dans le secteur gazier mozambicain.
"Nous entretenons un dialogue permanent sur les options qui permettraient à l’UE de soutenir au mieux le Mozambique par des actions dans les domaines du développement, de l’aide humanitaire, de la consolidation de la paix et de la sécurité", indique, pour sa part, un porte-parole de l’UE.