Viol conjugal : un précédent unique qui bouscule l’Afrique
12 mars 2026
Le consentement conjugal repose sur un principe simple en droit : aucun conjoint ne peut imposer sa volonté à l’autre, y compris dans la sphère intime et sexuelle. Pourtant, dans de nombreuses sociétés africaines marquées par une forte culture patriarcale, certains hommes continuent de considérer leur épouse comme leur propriété.
2017 : un verdict historique qui ouvre un débat longtemps étouffé
Au Sénégal, la condamnation historique de 2017 a permis de faire évoluer le viol conjugal du simple délit à un crime passible de dix à 20 ans de prison. Mais au-delà de l’aspect judiciaire, cette décision a aussi contribué à délier les langues sur le sujet.
Huit ans plus tard, Sophie Wone, porte-parole de l’ONG Femmes et développement du Sénégal, estime que la société réagit désormais davantage face à certains discours. Elle cite notamment un incident survenu en mai 2025 :
" Il y a eu un prédicateur sur une radio-télévision de la place qui a dit publiquement que le consentement de l’épouse n’a aucune valeur. Ça a fait un tollé et au moins, il y a eu une réaction. Ce qui n’aurait pas été le cas il y a quelques années. Donc ces propos qu’il a avancés ont fait que des femmes, des juristes et des organisations comme Femmes et développement ont immédiatement réagi. Au moins, il y a eu cette réaction. Maintenant, il faut continuer à sensibiliser", insiste Sophie Wone.
Un vide juridique persistant
Si de nombreux textes de loi criminalisent le viol, en revanche, le viol conjugal n’est jamais reconnu comme tel dans les législations africaines. Quant à l’arrêt du tribunal de Saint-Louis de 2017, il reste, à ce jour, l’unique précédent judiciaire dans toute l’Afrique subsaharienne. Pour Sandrine Amétowoyona, présidente de l’ONG Femmes et développement du Bénin, cette situation s’explique en partie par le manque de courage politique face à certains groupes de pression.
" Nommer la violence conjugale dans la loi, c’est toucher à l’image sacrée du mariage. C’est un choix politique que beaucoup de législateurs ne sont pas encore prêts ou n’ont pas le courage de faire. Pourquoi ces législateurs n’ont pas ce courage-là ? Parce que la réalité les frappe : il y a une résistance culturelle énorme et les lobbys religieux et traditionnels font aussi pression. "
La pression sociale, un obstacle majeur pour les victimes
Cette pression culturelle continue malheureusement de pousser de nombreuses femmes à garder le silence face aux abus qu’elles subissent de la part d’un conjoint, pourtant censé les protéger, selon Sophie Wone.
" Parler de violence dans le cadre conjugal est autre chose. La personne a peur de ne pas être crue. Il faut protéger son ménage, il faut protéger la vie de famille. Donc il y a plein de paramètres qui font que la loi (sur le viol, ndlr) est là, mais elle n’est pas utilisée. Il y a quelques petites avancées grâce à des mouvements qui utilisent cette loi pour montrer qu’on peut s’en servir pour protéger les femmes", ajoute Sophie Wone.
Au Sénégal, comme au Bénin et un peu partout sur le continent, des actions de sensibilisation, comme des prises des paroles, sont régulièrement organisées pour encourager les femmes à briser le silence, dénoncer les violences conjugales et faire valoir des droits pourtant reconnus par la loi.