Ports en Afrique : Vincent Bolloré bientôt devant la justice
20 mars 2026
Dans ce dossier, Vincent Bolloré, l'une des premières fortunes de France, est accusé notamment de corruption d'agent public étranger au Togo. L'audience est prévue du 7 au 17 décembre 2026, devant le tribunal correctionnel de Paris.
Les faits remontent à la campagne électorale de 2010 au Togo. À cette occasion, l'agence de publicité Euro RSCG, qui deviendra Havas, une filiale du groupe Bolloré, aurait fourni des prestations pour la campagne présidentielle de Faure Gnassingbé.
Des prestations à un prix qui aurait été sous-évalué, en échange d'un appui pour l'attribution de divers avantages au groupe et à ses filiales.
"Un travail en profondeur"
Il est question notamment du "prolongement de la durée de concession pour l'exploitation du port de Lomé, des avantages fiscaux et la construction d'un troisième quai". Des faits qui doivent être appréhendés comme de la corruption d'agent public étranger, selon les juges d'instruction français.
Yves Ekoué Amaïzo, directeur du think tank Afrocentricity, estime que la justice française a effectué un travail remarquable. Il assure par ailleurs que "quelle que soit l'issue des décisions du tribunal, une partie des comptes publics togolais n'ont pas servi à défendre et à améliorer le sort d'une partie du peuple togolais. C'est en cela que nous allons nous porter partie civile".
Pour Yves Ekoué Amaïzo "il s'agit d'un travail en profondeur de justice et de recours juridiques qui vont suivre leur cours, soit individuellement, soit collectivement."
Si cette affaire est suivie de près, le politologue et essayiste togolais, également président honoraire du Centre pour la Gouvernance Démocratique et la Prévention des Crises (CGDPC), Madi Djabakate rappelle que Vincent Bolloré avait reconnu dans le cadre d'un accord les faits qui lui sont reprochés. Il relativise toutefois les répercussions de l'affaire dans l'immédiat au Togo "parce que tous les leviers politiques et judiciaires sont contrôlés par les mêmes personnes".
Mais, précise-t-il, "ce sont des éléments qui sont là et qui serviront ultérieurement, à un moment ou à un autre, parce que ce sont des éléments de preuve qui ont été déposés devant une autre juridiction et que les gens pourront toujours invoquer".
Vincent Bolloré est également renvoyé devant la justice pour complicité d'abus de confiance au Togo, entre 2009 et 2010. Ses avocats estiment toutefois que "la tenue d'un procès équitable" est "impossible", et entendent faire appel "pour des motifs procéduraux".
Vincent Bolloré avait été inculpé en 2018, mais, en 2021, le milliardaire, ainsi que Gilles Alix, directeur général du groupe Bolloré à l'époque, et Jean-Philippe Dorent, directeur international chez Havas, avaient reconnu les faits lors d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité en acceptant une peine de 375.000 euros d'amende. Mais la juge Isabelle Prévost-Desprez avait refusé de l'homologuer et renvoyé le dossier à l'instruction.
Elle avait, en revanche, homologué une convention judiciaire d'intérêt public (Cjip) pour le groupe Bolloré, qui avait payé 12 millions d'euros d'amende contre l'abandon des poursuites.
Une autre plainte
Outre ce dossier, une plainte a également été déposée, en mars 2025, par Restitution Afrique, RAF, un collectif panafricain, pour recel et blanchiment d'actifs dans le cadre de plusieurs concessions portuaires gérées jusqu'en 2022.
Il est question de recel au Cameroun, au Ghana et en Côte d'Ivoire et de blanchiment au Togo et en Guinée. Pour Jean-Jacques Lumumba, président du RAF, le procès qui aura lieu en décembre est une étape importante dans la reconnaissance de la "prédation" de certains groupes comme Bolloré.
"On sait que Vincent Bolloré encourt jusqu'à dix ans de prison, et cela montre la gravité des faits dans ce dossier. Et ce dossier ne fait que confirmer l'importance de la plainte que le collectif Restitution Afrique a déposée en mars 2025", assure-t-il.
Selon lui "les faits, qui seront déjà jugés en décembre, recoupent précisément des mécanismes de recel et les blanchiments". Des faits que le collectif Restitution Afrique a "documentés". Jean-Jacques Lumumba dit espérer aussi un procés dans le cadre de la plainte déposée par son collectif.