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EconomieAfrique

Diaspora Bonds : le Sénégal mise sur l’épargne des expatriés

Rodrigue Guézodjè
18 septembre 2025

Le Sénégal lance son tout premier Diaspora Bond, un instrument inédit destiné à mobiliser directement l’épargne des Sénégalais de l’extérieur. // Entre traditions ancestrales et innovations scientifiques, Yaoundé a accueilli les Journées de la cosmétopée. Des séances pour explorer comment les patrimoines végétal et local peuvent propulser le Cameroun sur la carte mondiale de la cosmétique.

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C’est une initiative audacieuse et hautement symbolique que vient de prendre le Sénégal. Ce 18 septembre 2025, le gouvernement a procédé au lancement officiel de ses premiers Diaspora Bonds, un emprunt obligataire d’État d’un montant de 300 milliards FCFA. Objectif : mobiliser directement l’épargne des Sénégalais de l’extérieur pour financer des projets structurants et réduire la dépendance aux financements coûteux des marchés internationaux.
Avec plus de 2 200 milliards de francs CFA transférés par la diaspora en 2024, le potentiel économique des Sénégalais de l’étranger est considérable. Jusqu’ici, ces ressources servaient majoritairement au soutien des familles. Désormais, l’ambition des autorités est claire : canaliser une partie de ces flux financiers vers l’investissement productif.

Des conditions attractives

Les obligations émises sont accessibles au plus grand nombre, avec une valeur unitaire de 10 000 FCFA. Elles offrent des taux d’intérêt compris entre 6,40 % et 6,95 %, pour des maturités de 3 à 10 ans. Le remboursement sera semi-annuel, avec une période de différé d’un an pour les titres à 3 ans, et de deux ans pour ceux à 5 et 10 ans.
Autrement dit, une rémunération bien plus généreuse que ce qu’offrent aujourd’hui de nombreux produits d’épargne disponibles en Europe ou aux États-Unis.
Une alternative aux financements coûteux
Pour l’économiste camerounais Honoré Justin Mondomobe, expert consultant en commerce international, cette innovation constitue une alternative crédible aux financements classiques.
« Le premier diaspora bond sénégalais est un exemple de première mobilisation de collecte de l'épargne financière intra-sénégalaise, intra-africaine, qui permet d'éviter de recourir aux fonds vautours afin d'équilibrer les finances de l'État. (…) Ce n'est pas seulement le taux de rentabilité qui va mobiliser les Sénégalais à souscrire, mais ces obligations vont avoir un effet important pour l'économie, mais aussi une mobilisation pour les Sénégalais envers leur pays. (…) Mais tout dépend de la crédibilité des nouvelles autorités sénégalaises vis-à-vis de sa diaspora.», explique-t-il,

Trois risques majeurs à surveiller

Toute innovation comporte des défis, et Honoré Mondomobe en identifie trois principaux :
« Le premier risque, c'est le risque de la gouvernance de ces bonds. (…) La deuxième chose, quelle est la visibilité qu'on a du CFA pour les 5-10 prochaines années ? (…) La troisième chose, c'est la capacité de l'économie à rembourser ses obligations à échéance et à faire face aux intérêts qui y sont associés. », prévient-il.
Selon lui, la réussite du projet dépendra de la mise en place d’un cadre rigoureux, garantissant à la fois la rentabilité des obligations et la confiance des investisseurs.
L’expert estime par ailleurs que l’expérience sénégalaise pourrait inspirer le reste du continent :
« À part les Corées qui ont utilisé ces bondes de façon positive et qui ont servi d'exemple, il n'y en a pas encore eu de façon significative en Afrique. Je pense que le Sénégal sera le laboratoire de mise en pratique de ses obligations et qui permettra aux autres pays de motiver les diasporas, mais surtout de créer un climat de confiance entre les différents acteurs de la diaspora et leurs gouvernants. »

La question du rapatriement des capitaux

Enfin, Mondomobe rappelle que la confiance des investisseurs, y compris ceux de la diaspora, passe par une garantie de sécurité sur le rapatriement de leurs fonds.
« Cette nouvelle façon de mobiliser l'épargne de la diaspora (…) va nécessairement aider à consolider la relation financière entre les pays et leurs diasporas, mais surtout à fluidifier le rapatriement des capitaux, qui est un gros problème lorsque les étrangers veulent investir dans les pays africains. (…) Tant qu'on n'a pas équilibré et dépoussiéré toutes les questions liées au rapatriement des capitaux, on ne pourra pas intéresser de nouveaux investisseurs. », indique-t-il.
Le Diaspora Bond sénégalais apparaît donc comme une innovation financière prometteuse, susceptible de transformer la diaspora en véritable acteur du développement national. Mais son succès dépendra de trois conditions : la confiance entre l’État et sa diaspora, une gestion rigoureuse et transparente et des mécanismes solides de rapatriement et de remboursement.
Si ce pari est tenu, le Sénégal pourrait bien ouvrir une nouvelle voie en Afrique, où les diasporas deviendraient des partenaires stratégiques de la croissance et non plus seulement des soutiens familiaux.

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Yaoundé célèbre la cosmétopée

Au cœur de Yaoundé, les senteurs d’eucalyptus, de neem, de chébé, de moringa et d’autres plantes locales ont flotté dans l’air le temps de trois jours. Du 9 au 11 septembre 2025, la capitale camerounaise a accueilli la première édition des Journées de la Cosmétopée, un événement qui ambitionne de faire émerger une filière cosmétique locale, durable et compétitive.
Pendant plusieurs jours, chercheurs, producteurs, porteurs de projets et jeunes artisans se sont retrouvés pour explorer comment les plantes médicinales et huiles locales pouvaient devenir les piliers d’une cosmétique made in Cameroun.

L’innovation enracinée dans la tradition

L’initiative, portée par le Service d’appui aux initiatives locales de développement et l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs, mise sur le patrimoine végétal et le savoir-faire traditionnel. Pour Prisca Heuya, entrepreneure camerounaise, l’avenir se construit autour d’une identité assumée : « On est vraiment axés sur le capillaire. (…) Que ce soit blanc, noir, peu importe la peau, notre velouté de beurre s’adapte à tous. Mais on reste centrés sur les cheveux afro-crépus-métis », explique-t-elle.

Valoriser un patrimoine encore sous-estimé

La biodiversité camerounaise regorge de trésors ignorés. Cynthia Awona, militante de l’ONG Jeunes Actifs pour le Développement Durable (JADD), plaide pour leur revalorisation : « On a des essences traditionnelles qui ont de grandes vertus, dont on ignore encore les qualités. (…) Notre initiative permet de découvrir toutes ces vertus cachées et de les utiliser, parce que c’est à notre disposition. »
Mais la route reste semée d’embûches. Le manque d’infrastructures, l’accès limité au crédit ou encore l’absence de circuits logistiques structurés compliquent l’industrialisation. Produire un shampoing 100 % local reste un véritable défi.
Pourtant, les ambitions sont grandes. « J’ai décidé de montrer que les marques cosmétiques camerounaises peuvent être compétitives avec les géants comme L’Oréal », insiste Cynthia Awona.
Un enjeu économique majeur
Le marché mondial des cosmétiques naturels, estimé à 75 milliards de dollars d’ici 2030, connaît une croissance fulgurante. Mais l’Afrique n’en capte encore qu’une part marginale. Au Cameroun, 75 % des produits cosmétiques sont importés, pour un marché évalué à 33 milliards de francs CFA.
« Il y a un enjeu à la fois de santé publique et économique », souligne Ernesto Yene, consultant en développement local. « Si nous sommes capables de dépenser 30 milliards pour des cosmétiques importés, pourquoi ne pas soutenir et protéger notre production locale, avec une qualité équivalente ? », s’interroge-t-il.
Au-delà de l’économie, c’est aussi une question de perception et de confiance. Les produits locaux souffrent encore de préjugés défavorables.
« On doit apprendre aux consommateurs que ce qui vient du Cameroun n’est pas de seconde zone. (…) C’est une guerre économique qu’il faut déclencher, en bombardant le consommateur de publicité et de sensibilisation », insiste Ernesto Yene.

Un pari stratégique pour l’avenir

En posant les bases de cette filière, les Journées de la Cosmétopée veulent amorcer un mouvement de fond : revaloriser les savoirs traditionnels, encourager la transformation locale, créer des emplois durables et renforcer la souveraineté économique.
Le Cameroun pourrait ainsi transformer son patrimoine naturel en atout stratégique, et inscrire son nom sur la carte mondiale de la cosmétique.

 

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Image : Ute Grabowsky/photothek.net/picture alliance

Economie et développement

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