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EconomieEurope

UE-Australie : qui profite du nouvel accord commercial ?

24 mars 2026

Sous la pression des surtaxes imposés américaines et face à la domination industrielle de la Chine, l'UE et l'Australie mettent de côté leurs différends commerciaux.

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (à gauche), et le Premier ministre australien, Anthony Albanese, posent avec des exemplaires signés des accords lors d'une cérémonie au Parlement à Canberra, le 24 mars 2026
Selon Ursula von der Leyen, l'accord avec l'Australie pourrait faire augmenter le PIB européen de 4 milliards d'euros d'ici à 2030Image : David Gray/AFP/Getty Images

Après près d'une décennie de négociations, ponctuées de nombreuses interruptions, l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Australie a enfin abouti. 

"Il y avait autrefois une certaine europhobie en Australie ; maintenant, au moins, on a un peu d'Eurovision", a déclaré Tim Harcourt, de l'Université de Technologie de Sydney, à la DW. 

En 2023 encore, les négociations avaient échoué à la dernière minute, bloquées par la vive opposition des agriculteurs australiens aux quotas d'élevage bovin. 

Qu'est-ce qui a donc changé ? Selon les experts, ce ne sont pas tant les clauses de l'accord qui ont changé, mais plutôt la pression croissante. 

Le président américain Donald Trump tient un graphique à la main alors qu'il s'exprime sur les droits de douane de rétorsion lors d'un événement intitulé "Make America Wealthy Again" organisé à la Maison Blanche, à Washington, le 2 avril 2025
Le choc tarifaire provoqué par le "Liberation Day" de Donald Trump débouche sur de nouveaux accords commerciaux – sans les États-UnisImage : Brendan Smialowski/AFP

De nouveaux accords dans un nouvel ordre commercial

La hausse des droits de douane américains a mis sous pression les exportateurs de viande australiens et les constructeurs automobiles européens. Parallèlement, la volonté de la Chine d'utiliser l'accès aux minéraux critiques comme moyen de pression a contraint l'Europe à se pencher sur la sécurité de son approvisionnement en matières premières essentielles. Dans ce contexte, l'accord offre aux deux parties une chose rare : un soulagement et une sécurité. 

Le commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic, qui s'est rendu à Canberra avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré : "Nous envoyons un signal fort : nous préférons des droits de douane faibles, voire, dans ce cas précis, l'absence totale de droits de douane, et nous souhaitons une coopération fondée sur des règles."

L'accord entre l'UE et l'Australie s'inscrit également dans une initiative plus large. Bruxelles a conclu cette année plusieurs accords commerciaux importants, notamment avec le Mercosur, un bloc de pays sud-américains, et avec l'Inde. 

L'Australie, importance stratégique

L'Australie n'occupe peut-être que le 20e rang des partenaires commerciaux de l'UE, mais son importance stratégique croît rapidement. Pour l'Europe, cet accord constitue une nouvelle étape vers la réduction de sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis, tout en renforçant ses relations avec les puissances moyennes, ces pays qui influencent de plus en plus les flux commerciaux mondiaux. 

L'Australie est également membre du Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), un accord commercial entre onze économies de la région, qui représentent environ 15 % du commerce mondial. 

"Il s'agit d'un marché très important", fait observer Holger Görg, de l'Institut de Kiel pour l'économie mondiale. "Un accord avec l'Australie constitue pratiquement une porte d'entrée vers le réseau du PTPGP et offre des perspectives bien plus intéressantes aux entreprises européennes."

Matières premières critiques au centre de l'attention

Pour Bruxelles, l'un des principaux atouts de cet accord réside dans ses ressources souterraines. L'Australie possède les troisièmes plus importantes réserves mondiales de terres rares et est le premier producteur mondial de lithium, un élément essentiel à la fabrication des batteries pour véhicules électriques.

Une vue aérienne de la mine de lithium Finniss, exploitée par Core Lithium en Australie, publiée le 13 août 2022
Le lithium est une matière première essentielle pour la transition écologique de l'UEImage : Fleet Space Technologies/AAP/dpa/picture alliance

C’est plus important que jamais. L’an dernier, la Chine a renforcé son emprise sur les minéraux clés, alimentant les craintes de pénuries d’approvisionnement. Cette situation est particulièrement problématique pour l’UE si elle souhaite poursuivre sa transition écologique et numérique.

Pour l'Australie, le principal avantage réside dans l'accès aux 450 millions de consommateurs de l'UE. "C'est un accord remarquable pour l'Australie", souligne Evgeny Postnikov, de l'Université de Melbourne. La quasi-totalité des droits de douane européens sur les exportations agricoles australiennes, du vin et de l'huile d'olive à la plupart des produits laitiers, seront supprimés.

Par ailleurs, des succès symboliques ont été enregistrés. L’UE autorisera, pour le moment, les producteurs australiens à continuer d’utiliser des appellations d’origine protégées telles que Parmesan et Feta. L’Australie sera également le seul pays, hors d’Italie, autorisé à commercialiser son vin mousseux sous l’appellation Prosecco. 

Le bœuf, sujet sensible

 Des produits à base de bœuf australien exposés à la vente dans un supermarché de Sydney, le 3 avril 2025
Les quotas d'exportation de viande bovine australienne vers l'UE inquiètentImage : David Gray/AFP

Aux termes de l'accord, les quotas australiens de viande bovine seront multipliés par plus de dix au cours des dix prochaines années, passant de 3 389 tonnes à 30 600 tonnes par an. Ce chiffre reste inférieur aux ambitions de Canberra. Bruxelles s'était fermement opposée aux demandes australiennes d'augmentation des quotas. L'Union australienne des agriculteurs s'est déclarée "extrêmement déçue" par cette décision.

Le fait que l'accord ait survécu à cet obstacle politique intérieur est peut-être le signal le plus clair de tous : dans une économie mondiale de plus en plus fragmentée et où la concurrence est féroce, les partenariats commerciaux stratégiques sont trop importants pour être bloqués par des résistances locales.