Près de 266 000 personnes victimes de violences au foyer
5 mars 2026
" Il me battait violemment. Il a essayé de me tuer." Ces paroles sont celles d'Anna.
Anna vit depuis un an dans un foyer pour femmes. Elle doit être protégée, car son mari a tenté de la tuer et a menacé leurs enfants.
"Il était complètement ivre ce jour‑là. Il était tellement furieux qu’il a essayé de m’étrangler. Il m’a insultée et m’a dit : Tu dois mourir. Tu ne me respectes pas. Tu n’écoutes pas ce que je dis."
Les coups et les insultes faisaient partie du quotidien d’Anna, mais elle voulait malgré tout rester dans cette relation.
Son histoire est loin d’être isolée. Une femme sur trois en Allemagne a déjà subi des violences physiques ou psychologiques, dans une relation actuelle ou passée.
Des centres d'accueil pour leur venir en aide
Beaucoup trouvent refuge dans des centres d’accueil, comme le foyer pour femmes battues de Coblence, dans l’ouest du pays.
Depuis 25 ans, ce foyer vient en aide aux femmes en détresse et a déjà offert une protection à plus de 2 000 femmes et enfants. Alexandra Neisius en est la directrice.
" La chose la plus importante que nous offrons, c’est un cadre de protection et de sécurité, et simplement la possibilité pour les femmes de se reconstruire — car la violence blesse profondément et détruit l’estime de soi. Ici, les femmes trouvent l’espace pour redevenir fortes."
Redevenir fortes… et éviter d’être assassinées par leur partenaire, ou ex‑partenaire. En 2024, 308 femmes et filles ont été tuées en Allemagne, dont 191 par un partenaire, un ex‑partenaire ou un membre de la famille.
Suvi psychologique
Rendons‑nous à présent à Berlin, dans un centre de consultation psychologique, à la rencontre de Mario Stahr, assistant social et pédagogue.
Il travaille depuis huit ans avec des auteurs de violences. Ils ont entre 18 et 80 ans et viennent de tous milieux. "N’importe quel homme peut devenir bourreau", dit-il. Pour lui, la violence est un problème de société.
"Je pense que tout commence avec des choses comme les jouets avec lesquels jouent les garçons et les filles. Quelles images de la masculinité transmet‑t-on à la plupart des enfants et des jeunes ? Masculinité et violence restent très étroitement liées. Je dois montrer que je suis fort, que je suis, d’une certaine manière, « masculin ». Et si je ne le suis pas, alors je suis quoi ?"
L’Allemagne a adopté, en 2025, sa première loi fédérale qualifiée d’« historique » contre les violences domestiques : elle garantit un droit national à la protection et au conseil pour les victimes. Mais cette loi ne traite pas les féminicides et n’offre pas de solution immédiate, car elle n’entrera pleinement en vigueur qu’en... 2032.
En attendant, les victimes restent exposées à un manque de places dans les foyers, à une protection insuffisante et à un risque persistant de violences graves.