Notre invitée ce matin est Germaine Acogny, danseuse, chorégraphe, professeure de danse et fondatrice de l’École des Sables, basée à Toubab Dialaw, à un peu plus de 50 kilomètres de Dakar au Sénégal. C'est dans son école que s'est tenue la 13e édition de la biennale de la danse de Dakar.
Dans cette interview, celle qui est surnommée la mère de la danse africaine contemporaine, se dévoile...
DW : Bonjour Germaine Acogny, bonjour !
Germaine Acogny : Bonjour !
C'est ici, à l'Ecole des Sables que s'est tenue du 29 avril au 3 mai, la 13ᵉ édition de la Biennale de la danse. Quel bilan tirez-vous de cette édition ?
Nous avons été assez courageux pour faire cette 13ᵉ édition à l'Ecole des Sables. Et c'est le Sénégal qui recevait, comme disait monsieur le ministre de la Culture. Nous avons reçu beaucoup de monde. Absolument. C'était sel et poivre. Il y avait des noirs, des blancs, des jaunes, de toutes les couleurs.
Le thème retenu cette année est je danse, donc nous sommes. Il ne paraît pas anodin, puisque vous avez l'habitude de dire que quand on danse, on doit voir l'âme, pas seulement le corps. Quel message souhaitez-vous faire passer à travers cette thématique ?
La danse est communication, éducation, communion. La danse est une puissance extraordinaire. C'est une arme pacifique. Justement,
nous sommes parce qu'on est unique. On rassemble les gens parce que l'on est unique. Il y a cette communauté de patience, de paix, de générosité et c'est important d'être en collaboration avec les autres.
Durant cette biennale, nous avons découvert de nombreux jeunes formés par vos soins à l'Ecole des Sables que vous avez fondée en 1998. Quel sentiment vous anime en voyant ce chemin parcouru au fil des années ?
Nous sommes fiers et nous sommes vraiment heureux de voir l'évolution de ces jeunes qui ne lâchent pas parce qu'on leur a appris que quand une porte se ferme, l'autre s'ouvre. Et je les trouve vraiment courageux dans les temps durs, pour trouver les moyens pour se former. Je les trouve vraiment courageux. Et artistiquement, ils font ce qu'ils peuvent, ce qu'ils ont dans le corps et sont sincères.
Bien sûr, ils ont encore besoin, certains, de formation, de continuation, d'aller vers les autres, mais de revenir dans leur pays, partager ce qu'ils ont appris, mais surtout revenir à la source pour que l'Afrique demeure ce qu'elle est.
Germaine Acogny, à un moment où l'Afrique essaie de s'affirmer sur la scène mondiale, quelle est votre analyse de la place accordée par les décideurs politiques africains à l'art et particulièrement à la danse, comme vecteur de rayonnement ?
Je trouve qu'ils ne font pas assez confiance à la danse. Je crois qu'ils ont un petit peu peur de la danse, parce que la danse, c'est quelque chose de fort. Et je trouve qu'ils devraient accorder beaucoup plus d'attention et de moyens pour cette jeunesse qui danse et qui s'affirme.
Vous avez été distinguée par la Cédéao avec le Prix de l'excellence en 2019. Plusieurs autres prix prestigieux suivront, dont le Lion d'Or de la Biennale de Venise en 2021 et le Prix Nonino en 2025. Que manque-t-il encore au palmarès ?
J'étais très heureuse d'être honorée par tous ces prix. Le prix qui m'a le plus marqué, c'est celui de la Cédéao, parce que c'est être reconnue par les siens, par l'Afrique. C'était quelque chose d'extraordinaire.
En 2020, vous avez rencontré Patrice Talon, le président sortant du Bénin, votre pays natal. Il vous avait demandé de faire du Bénin le creuset culturel de l'Afrique. Qu'est devenu ce souhait ?
Il a continué à faire ce creuset culturel et j'espère retourner au Bénin, rencontrer le nouveau ministre de la Culture, le nouveau président et continuer à donner la lumière en ce qui concerne la danse dans mon pays d'origine.
Germaine Acogny, vous êtes pour l'Afrique ce que Pina Bausch a été pour l'Europe, une voix majeure de la danse du continent, la mère de la danse africaine contemporaine comme on vous surnomme. Votre parcours inspire et passionne toute la jeunesse africaine. Racontez-nous comment vous avez bâti ce que l'on considère aujourd'hui comme une dynastie ?
Au départ, je n'ai pas rêvé d'être une star ou une actrice. Au départ, j'ai été divorcée. Donc, je devais nourrir mes deux enfants, Patrick et Ghislaine, qui sont devenus mes fiertés. Patrick a une agrégation dans les arts du spectacle et Ghislaine est fonctionnaire international des Nations unies. On disait dans le temps qu'une danseuse ne pouvait pas élever deux enfants. Je les ai élevés et je suis fière de les avoir élevés et qui sont devenus vraiment des gens qui sont à un niveau qui me dépasse.