Nigeria: la rumeur d'un génocide contre les chrétiens
7 novembre 2025
Donald Trump relance la polémique. Le 31 octobre, il affirme sur les réseaux sociaux : "Le christianisme est confronté à une menace existentielle au Nigeria". Il menace même d'une intervention militaire américaine pour protéger les chrétiens du pays.
Le président nigérian Bola Tinubu réagit aussitôt. Selon lui : "la caractérisation du Nigeria comme intolérant sur le plan religieux ne reflète pas la réalité nationale".
Mais ces accusations de Donald Trump font des vagues sur les réseaux sociaux. Le sénateur américain Ted Cruz dénonce "le meurtre de masse de chrétiens par des djihadistes islamistes". Il propose des sanctions contre le Nigeria.
Voici quelles sont les racines historiques de cette mauvaise interprétation de la réalité.
Des violences bien réelles
Il existe effectivement des violences au Nigeria : 10 000 morts, trois millions de déplacés depuis 2023. Les États de Benue et de Plateau sont les plus touchés. Des groupes armés s'en prennent à des villages, des écoles, des lieux de culte.
Les témoignages sont poignants. Comfort Isfanus est veuve et raconte : "Nos maisons ont été brûlées. Nous souffrons, sans nourriture ni abri pour nos enfants.".
Karimatu Aminu raconte une histoire semblable. Elle aussi a perdu son mari. "Si les maisons des Fulanis sont brûlées aujourd'hui, celles des chrétiens le seront demain", regrette-elle.
Simplification à outrance
Le gouvernement nigérian reconnaît des problèmes de sécurité, mais il rejette l'idée d'un génocide. "L'affirmation d'une attaque délibérée et systématique contre les chrétiens est inexacte et nuisible", déclare le ministre de l'Information, Mohammed Idris.
Les causes de ces violences sont multiples : conflits fonciers, pauvreté, changement climatique. Le père Attah Barkindo, du centre Kukah, nuance : "Je ne pense pas que le gouvernement ait l'intention de tuer des chrétiens. Ce que les gens expriment, c'est l'incapacité de l'État à protéger ses citoyens."
Certains, comme le chef traditionnel Tiv James Ortese Ayatse, dénoncent certes une "invasion génocidaire bien planifiée". Mais pour les chercheurs, la crise est avant tout une lutte pour les terres et les ressources, sur fond de méfiance historique entre communautés. Et Samuel Malik, chercheur à Good Governance Africa, affirme qu'"il n'y a aucune preuve crédible d'une campagne coordonnée pour exterminer les chrétiens".
Pour lui, parler de génocide "simplifie à l'excès des dynamiques complexes".
Alors, plutôt que de tomber dans des caricatures qui enveniment les tensions, certains dignitaires religieux, comme le père Attah Barkindo, en appellent au dialogue entre les communautés.